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De l'accueil du patient au pharmacien : la communication est l'affaire de tous

Ou comprendre l’importance de la communication dans l’ensemble du parcours de soin

image site CT pour les paharmaciens
Pratique

Une prise de sang qui se passe bien. Une ordonnance comprise du premier coup. Un patient qui monte plus calmement dans l'ambulance. Un appel de médecine du travail qui rassure plutôt qu'il n'inquiète. Rien de spectaculaire, en apparence. Et pourtant, ce sont ces instants - souvent négligés dans la formation initiale des professionnels de santé - qui déterminent en grande partie la manière dont un patient vit son parcours de soin, et dont un professionnel vit son métier.

Pendant longtemps, la communication a été considérée comme un supplément d'âme, une qualité personnelle qu'on a ou qu'on n'a pas, plutôt qu'une compétence qui s'apprend et se travaille. La recherche en sciences de la santé raconte aujourd'hui une autre histoire : la façon dont on parle à un patient, dont on l'accueille, dont on nomme sa douleur ou son inquiétude, a des effets mesurables sur son anxiété, sur sa douleur, sur son adhésion au traitement, et sur l'épuisement de celles et ceux qui le soignent ou l'accompagnent.

Cet article propose de comprendre pourquoi la communication est devenue un enjeu de santé publique à part entière, ce que montre la recherche scientifique à ce sujet, et pourquoi cette compétence dépasse très largement le seul cercle des médecins et infirmiers, pour concerner tout autant les pharmaciens, le personnel d'accueil, les manipulateurs en imagerie médicale, les ambulanciers, les secrétaires médicales, les cabinets dentaires, les maisons de santé, les laboratoires d'analyses ou encore la médecine du travail.

La communication thérapeutique : une technique, pas seulement un talent

La communication thérapeutique est une approche relationnelle structurée, issue notamment des travaux sur l'hypnose médicale, qui vise à faire de l'échange verbal et non verbal un véritable outil de soin. Elle s'appuie sur plusieurs leviers bien identifiés :

  • Les trois niveaux de langage : ce que l'on dit (le verbal), la façon dont on le dit (le paraverbal - intonation, débit, rythme) et ce que l'on montre par son corps (le non-verbal - posture, regard, gestes). Ces trois canaux se combinent et pèsent bien plus lourd, dans la perception du patient, que le seul contenu des mots.
  • L'empathie, entendue non comme une fusion émotionnelle mais comme la capacité à se représenter le vécu de l'autre tout en gardant la distance nécessaire à la décision clinique.
  • La reformulation, qui permet de vérifier que l'on a bien compris ce que la personne exprime, et qui lui donne l'occasion de préciser, nuancer ou corriger.
  • Le choix des mots, en particulier le remplacement d'expressions anxiogènes par des formulations positives : dire « je fais en sorte que ce soit confortable pour vous » plutôt que « ça ne va pas faire mal », ou « restez bien tranquille » plutôt que « ne bougez pas ».

Ce dernier point peut sembler cosmétique. Il ne l'est pas. Le langage employé par un professionnel de santé agit directement sur l'état émotionnel du patient, et cet état émotionnel a lui-même une incidence directe et mesurable sur sa perception de la douleur.

Communication Thérapeutique

Ce que montre la recherche

Le lien entre anxiété et douleur est aujourd'hui bien documenté : l'anxiété ne se contente pas d'accompagner la douleur, elle en amplifie la perception, tandis que la douleur elle-même génère de l'anxiété - un cercle qui peut s'auto-entretenir si rien ne vient l'interrompre.

Cette donnée a des conséquences cliniques concrètes. En chirurgie, par exemple, une équipe française a évalué l'impact d'une formation à la communication thérapeutique sur l'accueil des patients au bloc opératoire. L'étude a mis en évidence qu'une meilleure communication des soignants permettait de réduire l'anxiété préopératoire des patients et d'améliorer leur satisfaction - un résultat notable quand on sait que l'incidence de cette anxiété avant une intervention peut concerner, selon les études, près de la moitié des patients adultes, et qu'elle est fréquemment sous-estimée par les équipes médicales. Or cette anxiété n'est pas anodine : elle peut augmenter les besoins en anesthésiques, allonger le réveil post-anesthésie, aggraver la douleur postopératoire, et compliquer certaines techniques d'anesthésie locorégionale.

Signe de la reconnaissance institutionnelle de cet enjeu, la Haute Autorité de Santé a intégré les approches non médicamenteuses - dont l'hypnose et la communication thérapeutique - dans son référentiel de certification pour la prise en charge de la douleur, les faisant passer du statut de pratique optionnelle à celui d'exigence de qualité des soins.

Du côté de l'observance thérapeutique, les données vont dans le même sens : selon une étude régulièrement citée dans la littérature française, seuls quatre patients sur dix suivraient correctement leur traitement. Or une information claire et un dialogue de qualité entre le patient et les professionnels qui l'entourent (médecin, pharmacien, infirmier, cadre de santé) figurent parmi les leviers les plus efficaces pour améliorer cette adhésion, et donc pour réduire les complications, les hospitalisations évitables et les coûts qui en découlent.

Le vécu du patient : être entendu autant que soigné

Derrière ces chiffres, il y a une expérience très concrète, celle du patient qui franchit la porte d'un cabinet, d'un service ou d'une officine. Le documentaire « Une salle, deux ambiances », qui accompagne une patiente tout au long de son parcours chirurgical, de l'accueil à la sortie, en passant par la consultation préopératoire, la perfusion, l'intervention et la salle de réveil, illustre bien ce que la recherche mesure : à chaque étape, la qualité de l'échange avec les professionnels change radicalement le vécu émotionnel de la personne soignée.

Ce vécu se joue parfois sur des détails techniques en apparence anodins. En imagerie médicale, par exemple, entre 5 et 10 % des patients ressentent une véritable claustrophobie au moment d'une IRM, et jusqu'à un tiers d'entre eux éprouvent une appréhension significative face à l'examen. La recherche a montré que des techniques relationnelles simples - information préalable, présence rassurante, auto-hypnose guidée par audio - permettaient de réduire le recours à la sédation et le nombre d'examens interrompus, tout en améliorant le confort et l'adhésion du patient à l'examen.

Ce que le patient retient de son passage dans un lieu de soin n'est donc pas seulement le résultat clinique : c'est aussi, et parfois surtout, la manière dont il a été accueilli, informé, rassuré et respecté dans ce qu'il ressentait.

Le bénéfice pour les soignants : moins d'usure, plus de sens

L'apport de la communication ne va pas à sens unique. Les données sur l'épuisement professionnel dans le secteur de la santé sont préoccupantes : plusieurs enquêtes françaises font état d'une majorité de soignants ayant déjà ressenti des symptômes de burn-out, avec des taux particulièrement élevés chez les personnels des services d'urgence et de soins intensifs. Le mécanisme de la déshumanisation - cette mise à distance progressive du patient qui accompagne l'épuisement émotionnel - est aujourd'hui bien décrit dans la littérature sur le burn-out soignant.

Or plusieurs travaux suggèrent que la capacité empathique constitue un facteur protecteur contre cet épuisement. Une étude menée en Ehpad a notamment montré qu'une formation centrée sur les compétences relationnelles et empathiques améliorait la satisfaction professionnelle des équipes, la capacité de prise de perspective apparaissant comme un facteur associé à un moindre risque de dépersonnalisation et à un sentiment d'accomplissement plus élevé. Autrement dit, mieux communiquer avec le patient ne protège pas seulement le patient : cela protège aussi, dans une certaine mesure, celui ou celle qui soigne, en réduisant le sentiment d'impuissance et en redonnant du sens à des gestes parfois répétés des dizaines de fois par jour.

Une compétence tout au long du parcours du patient

Le champ d'application de la communication thérapeutique s'étend à tous les maillons du parcours de soin - y compris ceux qui n'exercent pas d'acte médical à proprement parler.

bureau d'accueil

Les pharmaciens et leurs équipes

Le pharmacien est souvent le dernier professionnel de santé rencontré par le patient avant la prise effective de son traitement - et parfois le seul qu'il consulte régulièrement pour une pathologie chronique. Les travaux universitaires sur l'observance montrent que le rôle du pharmacien y est déterminant : trouver les mots justes, la posture adaptée, rassurer sans minimiser, expliquer sans noyer d'informations, conditionne directement l'adhésion du patient à son traitement. La communication y intervient aussi dans des gestes techniques comme la vaccination, où l'appréhension du patient peut être significativement atténuée par la manière dont l'acte est présenté et accompagné.

Le personnel d'accueil non soignant et les secrétaires médicales

Souvent en première ligne, avant même le soignant, ce personnel gère l'accueil physique et téléphonique de patients parfois stressés, douloureux ou agressifs, tout en jonglant avec de multiples sollicitations administratives. Ce rôle, longtemps considéré comme périphérique au soin, est en réalité déterminant dans le vécu global du patient : la manière dont il est accueilli conditionne souvent la confiance qu'il accorde ensuite à l'ensemble de l'équipe. Apprendre à désamorcer une situation tendue, à poser un cadre sans agressivité, à écouter avant de répondre, constitue un savoir-faire spécifique, distinct de celui des soignants, mais tout aussi structurant pour la qualité de la prise en charge.

imagerie médicale

L'imagerie médicale

Comme évoqué plus haut, les services de radiologie, d'IRM et de scanner accueillent une proportion significative de patients anxieux, parfois jusqu'à la claustrophobie. Les manipulateurs et l'ensemble de l'équipe jouent ici un rôle clé : une information préalable claire sur le déroulement de l'examen, une présence rassurante, une communication qui reconnaît l'appréhension sans la nier, permettent de réduire le nombre d'examens interrompus ou nécessitant une sédation, avec un bénéfice direct pour le patient comme pour l'organisation du service.

Les cabinets dentaires

Peu d'actes médicaux courants génèrent une appréhension aussi répandue que les soins dentaires. La communication thérapeutique y trouve un terrain d'application particulièrement concret : reformuler la douleur anticipée, remplacer le vocabulaire anxiogène (« piqûre », « ça va faire mal ») par des formulations plus neutres, accompagner le patient par la voix pendant un soin, sont autant de techniques qui permettent de réduire l'appréhension et parfois même le recours à une sédation complémentaire.

ambulanciers

Les ambulanciers et brancardiers

Premiers professionnels sur les lieux d'une urgence médicale ou en charge d'un transport sanitaire, les ambulanciers interviennent souvent auprès de personnes en état de vulnérabilité aiguë. La littérature sur la prise en charge préhospitalière souligne un principe simple mais exigeant : l'anxiété est contagieuse, et c'est le calme du professionnel - dans sa voix, son débit, sa posture - qui rassure bien davantage que le contenu même de ses paroles. La communication non verbale y jouerait un rôle prépondérant par rapport au verbal. Un patient rassuré coopère mieux, communique plus facilement ses symptômes, et vit son transport avec moins d'anxiété - ce qui facilite également le travail clinique de l'ambulancier lui-même.

La médecine du travail

Le médecin du travail occupe une position singulière : ni tout à fait soignant au sens classique, ni simple évaluateur administratif, il doit instaurer une relation de confiance suffisante pour que le salarié ose évoquer ses difficultés réelles, tout en respectant un cadre de confidentialité strict vis-à-vis de l'employeur. Cette communication est un enjeu de santé publique à part entière : de nombreux salariés appréhendent la visite médicale de peur que leurs propos ne soient mal interprétés ou ne se retournent contre eux professionnellement. Une communication claire sur le cadre du secret médical, associée à une écoute réellement centrée sur la personne, conditionne la capacité du service de santé au travail à repérer précocement des situations de souffrance professionnelle, de risques psychosociaux ou de besoins d'aménagement de poste.

prise de sang

Les laboratoires d'analyses médicales

Le passage au laboratoire est souvent vécu comme un moment anxiogène, en particulier lorsqu'il concerne des enfants, des personnes phobiques des prélèvements, ou des patients en attente de résultats à forte portée diagnostique. Le personnel de prélèvement - biologistes, techniciens, secrétaires d'accueil - est directement concerné par les mêmes leviers de communication thérapeutique que le reste du parcours de soin : rassurer sans mentir, expliquer le geste avant de le réaliser, adapter son discours à l'âge et à l'état émotionnel du patient.

Les maisons de santé pluriprofessionnelles

Dans ces structures qui réunissent médecins, infirmiers, kinésithérapeutes, psychologues et parfois personnel administratif autour d'un même patient, la communication ne se joue pas seulement entre soignant et patient, mais aussi entre professionnels : transmission d'informations, coordination du parcours, cohérence des messages délivrés au patient d'un cabinet à l'autre. Une communication d'équipe défaillante peut générer des messages contradictoires, source d'inquiétude et de perte de confiance ; une communication de qualité, à l'inverse, renforce le sentiment du patient d'être suivi par une équipe cohérente plutôt que par une succession d'intervenants cloisonnés.

Réhumaniser le soin, en pratique

Ce panorama fait apparaître un constat simple : la communication n'est pas un supplément d'âme réservé à quelques professions, mais une compétence transversale à l'ensemble des métiers qui gravitent autour du patient, qu'ils posent un acte technique ou non. Elle s'apprend, se travaille, se perfectionne - comme n'importe quel autre geste professionnel.

C'est dans cette perspective qu'Emergences dispense depuis plus de vingt cinq ans des formations à la communication thérapeutique, en s'adressant spécifiquement à ces différents publics : une formation généraliste de trois jours pour l'ensemble des professionnels de santé, un module dédié d'une journée pour le personnel d'accueil non soignant - secrétaires médicales, brancardiers, ambulanciers -, ou encore un parcours spécifique pour les pharmaciens et leurs équipes. Ces formations reposent sur une pédagogie principalement pratique : mises en situation, jeux de rôle, études de cas, avec pour objectif de rendre ces outils immédiatement mobilisables dans le quotidien professionnel.

Au-delà de toute offre de formation, l'essentiel tient sans doute dans ce changement de regard : considérer que la façon dont on s'adresse à un patient, à un usager ou à un salarié n'est pas un détail périphérique au soin, mais l'une de ses composantes les plus déterminantes - pour la personne qui reçoit ces mots, comme pour celle qui les prononce.

Sources et pour aller plus loin : 

Bernard F. et al., « Évaluation de la communication thérapeutique pour améliorer l'accueil du patient au bloc opératoire : étude d'impact », Canadian Journal of Anesthesia, 2018

Haute Autorité de Santé, référentiel de certification intégrant les approches non médicamenteuses (dont l'hypnose) dans la prise en charge de la douleur - has-sante.fr

Académie nationale de Pharmacie, Observance des traitements médicamenteux en France, rapport

Thèse d'exercice, Université de Rennes 1, sur la communication et l'observance en pharmacie d'officine, 2020 - dumas.ccsd.cnrs.fr

« Épuisement professionnel des soignants en Ehpad : rôle de l'empathie et de la formation », Cairn.info, revue Gériatrie et Psychologie Neuropsychiatrie du Vieillissement, 2018 - cairn.info

« Le burn-out en réanimation », Revue MIR (Société de Réanimation de Langue Française) - lien PDF

Nuance Communications & HIMSS, étude sur le bien-être et l'épuisement professionnel du personnel soignant - caducee.net

« Reduction of Claustrophobia with Short-Bore versus Open Magnetic Resonance Imaging: A Randomized Controlled Trial » - PubMed Central

« Audio-guided self-hypnosis for reduction of claustrophobia during MR imaging: results of an observational 2-group study » - PubMed Central

« Reduction of claustrophobia during magnetic resonance imaging: methods and design of the "CLAUSTRO" randomized controlled trial » - PubMed Central

« La difficile reconnaissance des compétences des ambulanciers : entre care, cure et force physique », Cairn.info, revue Travailler, 2011 - cairn.info

Bourdon A., La relation soignante en situations d'urgences, mémoire infirmier - infirmiers.com

« Dépression, anxiété et douleurs : de nouvelles cibles thérapeutiques ? » - sciencedirect.com