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Hypnose, stratégie et psychothérapie
Une approche clinique de Milton H Erickson |
Dr Claude Virot
Thèse médecine Rennes 1988
Introduction
Le psychiatre, comme tout médecin, a pour premier
rôle de soigner l'individu en difficulté, de l'aider
dans sa quête d'un équilibre où la souffrance
n'est plus. C'est de cette dimension dont nous avons souhaité
parler dans ce travail.
L'histoire de la psychiatrie
et quelques années passées à l'hôpital,
nous ont appris qu'il existe des approches thérapeutiques
très diverses, depuis les prises en charge institutionnelles
jusqu'aux chimiothérapies. Chacune trouve sa pertinence dans
un contexte donné, mais ce sont les thérapies qui
reposent sur la relation, sur cet aspect fondamental de l'Homme
qu'est la communication qui nous ont toujours le plus attiré.
Les psychothérapies sont d'apparition relativement
récente dans notre société occidentale qui
a dû d'abord se dégager du dualisme corps-esprit en
vigueur depuis la Grèce antique et réaffirmé
par Descartes. Cette conception ne permettait guère de s'intéresser
à la psyché, au moins pour les médecins qui
préféraient se pencher sur le corps. Peu à
peu, cependant, la participation de cette psyché aux troubles
du corps et de l'esprit a été reconnue autorisant
ainsi la naissance de la psychothérapie. La médecine
psychosomatique, impensable il y a deux siècles est aujourd'hui
admise par tous.
Aujourd'hui, les psychothérapies sont nombreuses,
reflétant les multiples visages de la réalité
humaine, mais elles sont pour la plupart issues d'un mme courant
de pensée, né en France à la fin du XIXe°
siècle grâce à l'influence de ce qui est parfois
considéré comme la mère des psychothérapies:
l'hypnose.
Bien sûr, l'hypnose était déjà
connue puisqu'on fait remonter son apparition à Messmer vers
la fin du 18°. En fait, Messmer est plutôt le précurseur
des magnétiseurs et nous préférons nous référer
à l'abbé de Faria vers 1820 pour ce qui est de l'hypnose
telle quelle sera reprise par Liébault en 1866, puis Bernheim
en 1884 dans un but psychothérapique.
Bernheim-Charcot, ces
deux noms sont inséparables de l'hypnose. Pourtant, Charcot,
n'a jamais lui-même utilisé l'hypnose mais a été
à l'origine d'un mouvement, à l'école de la
Salpètrière, qui s'inscrit beaucoup plus dans la lignée
du Messmerisme réfutant toute hypothèse psychologique,
considérant l'hypnose comme une névrose expérimentale
et par la mme niant tout intérêt thérapeutique.
Tout au contraire, Bernheim, à l'école de Nancy, considère
la transe hypnotique comme un moyen d'abord de l'individu et de
ses difficultés; pour lui l'hypnose est avant tout un outil
thérapeutique. La lutte a été âpre pendant
plus de vingt ans, la renommée de Charcot répondant
aux résultats de Bernheim et, si l'école de la Salpètrière
finit par abandonner, faute de combattants pourrait-on dire, elle
épuisera aussi l'école de Nancy et rares seront ceux
qui oseront encore pratiquer cette méthode qui fût
en même temps si décriée et si encensée.
Pierre Janet, pourtant élève de la Salpètrière
reprendra pour l'essentiel les thèses de Bernheim mais il
était bien isolé face à un corpus médical
qui ne souhaitait pas relancer la polémique.
Freud a connu l'un
et l'autre, il appliquera le traitement cathartique à ses
hystériques, avec des fortunes diverses, avant de préférer
la méthode des associations libres. Nous retiendrons que
l'hypnose fut pour lui une étape, elle lui a beaucoup appris
avant qu'il ne choisisse une approche qui convenait peut-àtre
mieux à sa personnalité.
Ces deux phénomènes ont été
à l'origine, en France d'un rejet systématique de
l'hypnose, en particulier par ceux qui y voyaient un procédé
miraculeux, oubliant qu'elle n'est qu'un moyen et non une fin en
soi. Elle demande à être utilisée avec des techniques
adaptées et dans un cadre conceptuel particulier qui faisaient
peut-être défauts à cette époque.
Ainsi l'hypnose a pratiquement disparu en France,
sa patrie d'origine, elle n'a survécu que grâce à
quelques fidèles dont L. Chertok. Cependant, dans ce contexte,
elle n'a pas pu évoluer et a gardé ses défauts
dont le plus évident est la grande directivité avec
laquelle elle est employée, laissant peu de place et de participation
à ceux qui font appel à elle.
Malgré notre intérêt pour cette
méthode et notre incrédulité face à
ce dénigrement systématique qui donnait à penser
qu'il ne pouvait être justifié, nous étions
mal à l'aise avec cet aspect directif.
Heureusement, les autres pays où l'hypnose
avait disséminé ne vont pas lancer l'anathème,
au contraire les travaux vont se poursuivre, en particulier aux
Etats-Unis où un homme, après avoir découvert
l'hypnose telle qu'elle se pratiquait en France au 19¯, va
profondément en modifier les techniques et le cadre d'utilisation:
il s'agit de MILTON H. ERICKSON. Son nom nous est parvenu indirectement,
par les travaux de l'école de Palo Alto dont Erickson fut
l'un des inspirateurs comme nous le verrons mais ses méthodes
restaient inaccessibles, jusqu'à ce que J. Godin et J.A Malarewicz
n'aillent sur place les étudier pour pouvoir les transmettre
ensuite en France. Nous leur devons ce travail qui a pour ambition
de faire connaître Erickson et ses concepts essentiels, tant
sur l'hypnose que sur la stratégie qui est le cadre par lequel
il lui a donné toute sa pertinence.
Pour faire connaître
cet homme, il fallait d'abord parler de sa vie car, d'une
part le moins que l'on puisse dire est qu'elle ne fut pas banale,
mais surtout parce qu'elle apporte un éclairage important
sur ce "thérapeute hors du commun".
Nous exposerons ensuite sa conception de l'hypnose
clinique, fruit de cinquante ans d'expérience, pour y apprendre
d'abord que c'est une chose simple, que chacun connaît sans
le savoir, c'est une disposition psychique qui nous aide dans de
nombreuses circonstances. Lorsqu'un thérapeute veut initier
cet état favorable dans les meilleures conditions pour l'intérêt
thérapeutique, il doit le faire en considérant chaque
patient comme un individu unique qu'il faudra respecter et auquel
il devra s'adapter. Ceci exige de sa part une grande souplesse pour
travailler de manière indirecte et utiliser aux mieux toutes
les "compétences" du patient.
Pour que l'hypnose acquière toutes ses vertus
thérapeutiques, pour qu'elle puisse être à l'origine
d'un changement positif chez le patient qui souffre, elle doit être
intégrée dans un cadre plus large. Erickson le conçoit
comme une très grande liberté donnée au thérapeute
dans ses interventions, lui permettant d'utiliser lui aussi toutes
ses ressources et son inventivité, appliquant ainsi une stratégie
spécifique pour chaque patient, tenant compte de ses attentes
et de ses possibilités.
L'éclectisme des concepts
qu'il manie explique la richesse de ses interventions; nous avons
du en choisir quelques uns qui nous ont semblé essentiels.
Il tente d'appréhender l'individu dans sa totalité,
en tenant compte de son contexte de vie, de son système,
et il considère qu'aucun changement ne peut se faire si ce
contexte reste figé. Le patient dispose des moyens pour créer
ce changement, mais ils sont pour la plupart stockés dans
son inconscient, "ce grand magasin de solutions". Alors,
la thérapie devient un apprentissage, qui consiste à
apprendre à utiliser son inconscient, et à laisser
apparaître les réponses, les solutions qu'il contient.
Les métaphores comme le langage non-verbal sont de bons moyens
de communication avec cet inconscient. Bien sûr, Erickson
manipule ses patients, il pense même qu'il n'est pas possible
de ne pas manipuler, au moins lorsque thérapeute et patient
s'engagent dans une démarche thérapeutique active.
Dans cette quatrième partie nous allons tenter
de définir, dans une pratique stratégique, les éléments
essentiels qui doivent être réunis pour que la thérapie
puisse se mettre en place: le contexte de cette relation, le thérapeute,
le patient et son problème. Ces éléments sont
les mêmes, quelle que soit la thérapie mais ces termes
ne recouvrent pas tout à fait la même réalité
pour les différentes écoles et il appartient au thérapeute
d'être vigilant pour respecter son cadre d'intervention.
Lorsque ces éléments sont réunis,
une séance d'hypnose peut être mise en place; dans
une phase de préliminaires, il sera souvent important d'expliquer
au patient ce qu'est l'hypnose car lui aussi arrive, le plus souvent,
avec les mythes habituels. Par la suite, une séance peut
se décomposer en trois phases: induction, transe, retour
au conscient, qui ne sont pas aussi évidentes à reconnaître
que ces termes le laissent penser. Le déroulement plus détaillé
de la séance le montrera. Nous y avons détaillé
quelques techniques mais, elles ne peuvent se comprendre que par
la dynamique qui les associe; le cas clinique et les commentaires
permettront une meilleure compréhension de l'hypnose ericksonienne
et des termes spécifiques à l'hypnose.
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