Travaux
 
Le Chaos thérapeutique
Etude de l'hypnose comme générateur d'un chaos thérapeutique
Dr Claude Virot, 1997
Présenté au 1° forum francophone d'hypnose et thérapie brève de Vaison la Romaine
Depuis quelques années, il est beaucoup question du chaos caractérisé par l'imprévisibilité. Il semble exister des analogies avec ce qu'observe un psychiatre dans sa pratique quotidienne, tant au niveau ce ce qui amène les patients en consultation que dans la manière dont la situation évolue. Erickson semble être expert dans l'utilisation du chaos comme source de changement.
Il se pourrait que le développement des études sur cet états chaotiques nous aide à rendre compte de ces pathologies ou de ces améliorations qui apparaissent si soudainement.


 
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LE CHAOS THERAPEUTIQUE
   
 Le Chaos thérapeutique
 Etude de l'hypnose comme générateur d'un chaos thérapeutique

Dr Virot Claude. Rennes. Juin 1999

Dans mon parcours professionnel, j’ai rencontré deux manières très différentes d’être thérapeute. La première est celle de la psychiatrie classique à laquelle j’ai été formé; j’ai appris à établir un diagnostic et à déterminer le meilleur traitement en m’appuyant pour l’essentiel sur les médicaments. L’autre, plus tard, est celle de Milton Erickson pour qui, en reprenant une expression de Richard Van Dyck, la confusion précède la clarté. Ces deux modèles sont-ils équivalents, sont-ils compatibles en même temps?
Induisent-ils le même changement?

Le psychiatre reçoit un enseignement selon le modèle médical traditionnel issu du modèle scientifique qui s’est mis en place progressivement depuis Galilée vers 1600 et ses inventions en matière d’appareils d’observation: microscope et surtout la lunette astronomique. Dans les mêmes temps René Descartes élabore les fondements d’une science générale expliquant tout ce qu’on peut chercher touchant l’ordre et la mesure (c’est nous qui soulignons). La rationalité du monde physique et biologique s’exprime en termes de cause et d’effet exclusivement. C’est la base du déterminisme.

De ce cadre déterministe va se dégager la causalité linéaire: pour chaque effet observable, il existe une cause unique de même grandeur, la même cause produisant les mêmes effets. La recherche de l’ordre et les possibilités mathématiques de l’époque ont naturellement conduit les scientifiques à s’intéresser aux processus naturels de ce genre et ils sont d’observation courante. Une pierre qui tombe de dix mètres de haut met plus de temps qu’une pierre qui tombe de cinq mètres. Il faut aussi plus de temps pour peindre un grand mur que pour peindre un petit mur.

Mais l’ordre de l’univers est confirmé par les observations du mouvement des planètes dont la position à chaque instant devient prévisible à partir de la connaissance du passé du système solaire. L’ordre règne dans l’univers, il règne aussi sur terre; il convient de le découvrir, de le décrire par des équations simples qui permettent de prédire le comportement futur et l’évolution du système considéré. C’est ainsi qu’il est devenu possible de prédire les marées, leur amplitude et que chacun de nous est confirmé dans l’existence de cet ordre universel. La connaissance de cet ordre a aussi permis d’envoyer les fusées dans l’espace et aux hommes de marcher sur la lune.

Pour découvrir cet ordre, la méthode est celle du microscope et du bistouri: dissocier le tout en parties plus fines. Le cas échéant, si ce n’est pas suffisant, dissocier de nouveau les parties en parties plus fines, et ainsi de suite, jusqu’a mettre en évidence l’ordre au sein des systèmes considérés comme trop complexes. C’est ainsi que les physiciens construisent des accélérateurs de particules et les biologistes explorent chaque élément génome ou la chimie du cerveau. Toutes les anomalies observées sont considérées comme des artéfacts et incitent à aller plus loin dans le modèle qui a pris le nom de réductionnisme.

Ce modèle pense que l’Univers est fondamentalement constitué de parties qui peuvent être démontées puis remontées un peu comme une montre. Le fonctionnement du tout devant être découvert par l’étude, l’analyse des différentes parties.

La force de ce modèle est bien illustrée par ce propos de Pierre Simon de Laplace en 1796 qui unifie tous les travaux depuis Newton: “L’état présent du système de la nature est évidemment une suite de ce qu’il était au moment précédent, et si nous concevons une intelligence qui, pour un instant donné, embrasse tous les rapports de cet ^être avec l’univers, elle pourra déterminer pour un temps quelconque pris dans le passé ou dans l’avenir la position respective, les mouvements et, généralement les affections de tous ces êtres”.

Alors nous devons élaborer des modèles simples pour les phénomènes simples; les phénomènes complexes tendent également à être ramenés à des systèmes simples. Lorsque j’ai abordé la psychiatrie, je pensais rencontrer une grande complexité et j’ai été tout surpris d’ètre considéré en quelques mois capable de conduire un traitement . Ici réductionnisme et déterminisme ont permis de rendre les choses simples: une sémiologie permet de repérer les symptômes comme autant de parties isolables du tout. Ces symptômes sont recomposés pour construire des syndromes, eux mêmes associés pour poser un diagnostic fondement du traitement. Nous passons donc en quelques équations d’un patient complexe à un diagnostic qui est de l’ordre du simple: nous pouvons alors aussi élaborer une thérapeutique aussi simple que le diagnostic. D’ou cette autre surprise: tous les patients, toutes ces situations complexes peuvent bénéficier de traitements forts similaires à partir de quatre ou cinq classes médicamenteuses.

Je signale ici qu’il n’est pas question ici de discuter du bien fondé de cette approche qui a permis tant en médecine du corps qu’en médecine psychiatrique des soins et des améliorations impensables sans cette méthodologie diagnostique et thérapeutique.

Dans ces interventions thérapeutiques, la linéarité se retrouve dans deux aspects. Les doses médicamenteuses sont habituellement liées à l’intensité des troubles ce qui incite le médecin à faire savoir à son patient qu’il prescrit un” petit traitement”, mais aussi une augmentation du traitement est corrèlée à une aggravation tandis qu’une réduction est synonyme d’amélioration. L’autre aspect linéaire est dans la prévisibilité: chacun peut prévoir que les anxiolytiques vont réduire l’anxiété et que les anti-dépresseurs vont réduire la dépression; La cohérence du modèle s’exprime à toutes les échelles.

Dans ce modèle, il y a une recherche d’ordre et l’intervention tend à ramener cet ordre, pour retrouver les éléments permanents, ceux qui existaient et que chacun pouvait décrire avant l’apparition de ce désordre qui a justifié l’intervention.

Je peux maintenant penser à ce monsieur qui se résume par ce diagnostic de dystonie neuro-végétative facilement posé par chacun des médecins qu’il a rencontrés depuis une dizaine d’années. En effet il a des symptômes très observables: des contractions et des mouvements très brusques de son épaule gauche. Il a eu une première période pendant deux ans, une amélioration “grâce aux traitements” pendant trois ans et maintenant depuis cinq ans, il est stabilisé grâce à de nouveaux traitements prescrits par un généraliste, un neurologue et un psychiatre. Pour lui il n’a pas été possible de déterminer l’origine des troubles mais, au moins un diagnostic permet d’entreprendre des traitements qui aujourd’hui le stabilisent c’est à dire que depuis cinq ans aucun phénomène nouveau n’est apparu comme symptôme, et il mène sa vie de retraité auprès de son épouse qui doit supporter la torture quotidienne que subit son mari, faisant tout ce qu’elle peut pour diminuer les tensions.

Il voit aussi un homéopathe qui l’invite à me contacter pour essayer l’hypnose et il est prêt à tout essayer. Quand je le rencontre je suis effectivement impressionné par sa présentation et ce bras qui ne tient pas en place. Heureusement qu’il est considéré comme stabilisé! J’apprends aussi qu’il est en retraite depuis cinq ans.

Déterminisme et linéarité sont partout; D’ailleurs cet exposé aussi répond aux règles de la linéarité: j’ai essayé de dégager de l’ordre, de faire simple et clair et j’ai relié des causes et des conséquences. Je n’ai vraisemblablement pas fait comme Erickson lors de son séminaire transcrit par Jeffrey Zeig et qui vient juste d’ètre traduit en Belgique. En effet Van Dyck nous prévient que nous risquons d’ètre pris dans une alternance de confusion et de clarté; il nous invite d’abord à lire Jay Haley ou Bandler et Grinder. C’est vrai qu’Erickson est très déroutant, qu’il nous amène beaucoup d’éléments de confusion mais n’est ce pas justement cet Erickson là qui soignait si bien, n’est ce pas cette communication qui le rend si thérapeutique. Ceci veut il dire qu’Erickson emprunte d’autres ressources que le déterminisme, que la linéarité?

Erickson ne nous parle plus de diagnostic même s’il parle de symptômes, il ne parle plus de pronostic, le plus souvent même il n’évoque plus de causalité, ne relie plus l’avenir au passé à travers ce présent ici observable. Non, il nous raconte une histoire, puis une autre puis encore une autre dont les liens sont parfois obscurs, il décrit une rencontre avec ce patient et encore une autre avec ce même patient ou un autre. Nous entendons parler d’hypnose et parfois nous sommes surpris, nous sourions, peut être même sommes nous en transe... Dans ses thérapies il amenait beaucoup de confusion et de désordre. Et puis, nous voyons émerger un fonctionnement différent, une solution spécifique à la souffrance de ce patient, solution habituellement imprévue qu’Erickson dit venir d’un inconscient qui en sait beaucoup plus que le conscient, que la raison pour inventer ces changements soudains. Cet inconscient là qui sait des choses que la raison ne connait pas, cet ordre nouveau qui émerge de la confusion, ces changements imprévisibles pour le thérapeute tant dans leur direction que leur intensité, tous ces aspects sont aujourd’hui étudiés par de nombreux scientifiques qui, contrairement à leurs aînés, explorent activement le désordre. Une nouvelle discipline s’est ainsi constituée: la science du désordre plus souvent appelée science du chaos symbolisée par un papillon dont nous reparlerons.

Le Larousse nous dit que le chaos est la confusion générale des éléments avant la création du monde. Confusion et création...

La science classique s’est toujours intéressée aux systèmes dont le fonctionnement est linéaire et dont le comportement est prévisible lorsque l’on connait les données initiales et le passé. Le comportement d’une pierre jetée en l’air, l’écoulement d’un liquide. Ils ont étudié aussi quel changement apparaît en modifiant une variable, jeter une pierre plus grosse ou avec plus de force. Dans les systèmes simples, linéaires, le changement est reproductible puisqu’il est possible de déterminer l’ensemble des données de départ. C’est ainsi que votre voiture tend à ralentir à chaque fois que vous appuyez sur le frein ou à tourner lorsque vous agissez sur le volant.; ces systèmes simples vous permettent de contrôler le comportement de votre voiture. Nous retrouvons là l’ordre de l’Univers et Laplace.

Mais, la nature est dans l’ensemble peu prévisible, peu linéaire, la plupart des systèmes réels sont complexes car composés de nombreux éléments en interaction entre eux et avec leur environnement. Si je lâche un ballon sur un plan incliné lisse, je sais ou il va s’arrèter mais la nature offre peu de plans inclinés lisses et beaucoup de plans inclinés avec des reliefs; nous pouvons penser à un éboulis caillouteux. Ou va s’arrèter le ballon? ira t’il jusqu’en bas, plutôt vers la gauche ou plutôt vers la droite? Nous savons quand même grâce à Newton et la loi de gravitation universelle qu’il ira toujours vers le bas mais nous n’en savons pas beaucoup plus quant à sa trajectoire sur ce plan complexe ni sa position future. Elles sont imprévisibles.

Et ce patient stable avec sa dystonie neuro-végétative, stable jusqu’a ce qu’il parte se promener avec Olga, non pas sa femme; Olga c’est son cheval. A chaque fois il se passe une chose bien étrange : la dystonie disparaît complètement. Il est calme, détendu et se sert normalement de ses deux bras. Cette observation ne cadre pas très bien avec le diagnostic. Les choses deviennent trop complexes, il préfère oublier Olga. Mais quand il rentre à la maison et surtout le soir quand les contractions sont si violentes... il ne peut pourtant pas faire vivre le cheval dans la maison. Il a déjà sa femme.

Et votre voiture: elle a toujours un volant et des freins. Et que se passe t’il sur le verglas ou dans un virage? Maintenant le freinage réduit votre contrôle sur votre voiture. Que s’est il passé? Vous aviez en main un système stable il y a un instant, et maintenant il est instable et la réaction de la voiture au freinage devient imprévisible. Vous êtes soudain passé de l’ordre au chaos.

Si les lois linéaires s’appliquent bien aux systèmes simples il en est autrement lorsque le système devient complexe comme l’éboulis ou instable comme la voiture sur le verglas. Le pilote habitué à ces situations chaotiques peuvent rester calmes, les autres risquent d’appuyer plus fort sur le frein. La voiture finira bien par s’arrèter, mais ou? Un système linéaire et stable ne se conduit pas comme un système non-linéaire et instable.

Je peux penser à ce patient, stable depuis des années qui, soudainement, un dimanche matin en présence de son épouse a manifesté des symptômes très aigus: pleurs, gène respiratoire, coeur affolé, envie de quitter la maison et même son épouse, colère contre ses enfants, détresse d’avoir perdu ses parents... Sa femme dira qu’elle ne comprenait rien, que rien ne laissait prévoir ce comportement, qu’elle ne l’avait jamais vu comme cela. C’est vrai que nous avions eu quelques séances, de l’hypnose et autre chose peut-être. Mais ceci n’était pas prévu et il est plus simple de les oublier. Comme olga.
Plus un système est complexe, plus il est loin de son équilibre, plus il est instable et plus le chaos apparaît. Le chaos veut dire que le comportement du système devient imprévisible parce qu’il est alors sensible aux conditions initiales. Notre ballon, nous pouvons le lâcher deux fois du même endroit, dix fois, cent fois, il est extrêmement peu probable qu’il s’arrètera deux fois au même endroit. D’une expérience à l’autre, la position initiale sera très peu différente, très peu différente,oui... mais différente quand même. Et cette différence va s’amplifier dès le premier rebond selon qu’il se fera sur la face plate de cette pierre ou, juste à coté, sur cet angle.

Il peut alors nous sembler que la communauté scientifique découvre avec émerveillement ce que nous, cliniciens et observateurs du comportement humain, nous fréquentons chaque jour.

C'est Poincaré mathématicien français du siècle dernier qui a le premier rencontré ce chaos en étudiant le comportement à long terme d’un système simple comportant trois corps. D’abord les calculs décrivaient un comportement stable du système puis brusquement apparaissait une première différence minime allant en s’amplifiant. Ces résultats étaient parfaitement contraires aux convictions de l’époque et Poincaré les a lui-même invalidés et considérés simplement comme une bizarrerie mathématique. L’époque n’était pas prête.

La discipline actuelle prend corps dans les années 60 aux Etats-Unis grâce à un nouvel outil : l’ordinateur. Depuis longtemps les mathématiciens connaissaient les équations non-linéaires mais étaient incapables de s’en servir. En demandant à l’ordinateur de résoudre une équation de ce genre et de tracer la courbe sur l’écran ce fut d’abord un grand désordre: des points s’allumaient ça et là sur l’écran, sans aucun ordre, de manière imprévisible. Dix puis cent puis des milliers de points et autant de calculs réalisés par la machine. Et peu à peu les points semblaient se regrouper, occuper seulement une partie de l’écran; ils semblaient dessiner une forme... un papillon.

A partir de ce moment tous les nouveaux points viennent s’inscrire dans le papillon. Une équation non-linéaire, des points désordonnés, imprévisibles puis un nouvel ordre, une nouvelle régularité émerge, stable. Il y a eu confusion et chaos puis création d’un ordre imprévisible. Et il suffit d’une très petite différence pour changer la forme du papillon, ou que le résultat ne ressemble plus du tout à un papillon. Toujours la sensibilité aux conditions initiales.

Mais, notre ballon n’est pas devenu un papillon. Non puisqu’il s’agit d’un tout autre système mais après une phase ou chaque point est imprévisible, l’ordre est revenu, le ballon s’est stabilisé une fois ici, l’autre fois là bas.

Mais alors instabilité et déséquilibre, confusion et chaos puis de l’ordre et de la stabilité? Et nous repensons à Erickson. Tout se passe comme s’il avait su intuitivement toutes ces choses, comme si en osant utiliser le chaos, il permet l’émergence d’un nouvel ordre.

Cette alternance d’ordre et désordre est connue de chacun de nous; elle ressemble beaucoup à l’histoire naturelle de chaque individu, à son cycle de vie. Nous connaissons chacun des phases de stabilité puis d’instabilité et parfois de chaos lorsqu’il devient bien difficile de prévoir de quoi demain sera fait Nous pouvons penser à tous les étudiants qui passent en ce moment des examens. Chacun d’eux peut être dans un fonctionnement stable: un tel est a peu près sur de réussir, un autre à peu près sur d’échouer. le “à peu près” signe déjà la non-linéarité. Mais pensons à tous ceux qui ne sont surs de rien, ceux qui sont entre les deux. Eux sont dans une phase d’instabilité et leur avenir peut alors dépendre d’une toute petite différence, une impasse sur la page 15 et c’est le point qui manque pour ce concours, pour le bac. Nous reconnaissons cette sensibilité aux conditions initiales. Jay Haley a particulièrement bien présenté ces phases instables et leurs conséquences dans “Un thérapeute hors du commun”. Dans le dynamique, il y a un après et il y a un avant et entre les deux une phase instable dans laquelle peut apparaître ce que les spécialistes appellent un point de bifurcation.

Notre expérience nous amène à rencontrer des patients soit ordonnés soit chaotiques. Ordonnés par exemple dans le cadre d’une douleur chronique, désordonnés ou chaotiques dans une situation aigue. Ce patient aigu est alors très sensible aux conditions initiales et notre attitude est alors immédiatement significative pour l’évolution.

Pour le patient chronique, la difficulté consiste au contraire à induire une phase d’instabilité, de désorientation propice à la création d’une nouvelle orientation à la réalité.

C’est ainsi que ce patient qui présentait des troubles chroniques est soudainement passé dans une phase aigue. Son épouse , connaisseuse des lois de l’ordre et de la linéarité, a parfaitement réagi en conduisant son mari dès le lendemain chez le psychiatre qui le connait depuis plusieurs années. Et chacun a reconnu une dépression aigue nécessitant immédiatement un traitement antidépresseur et des sédatifs. Chacun a vu ce désordre inquiétant, chacun a sondé cet avenir obscur, imprévisible et un consensus s’est rapidement dégagé pour remettre de l’ordre.

Et maintenant, ce patient est engagé dans deux processus thérapeutiques avec deux psychiatres: l’un induit une certaine confusion, l’autre tente de l’éviter. Chacun pousse d’un coté de la voiture et nous serons bientôt étonnés qu’elle ne bouge pas beaucoup.

Cette situation revient souvent. En fait à une époque je jouais les deux rôles, à la fois linéaire par les psychotropes, à la fois non-linéaire par les outils ericksonniens. Et lorsque avec mes patients nous rencontrions le chaos nous ne pouvions le penser qu’en termes de danger.

Erickson et d’autres thérapeutes ont su être des précurseurs. Aujourd’hui la science commence à apercevoir cet ordre qui émerge du chaos. Et il est plus confortable de travailler avec la légitimité de la science officielle, à nous de l’écrire. Nos patients pourraient en être les premiers à en profiter si nous apprenons à travailler avec ces forces puissantes et créatrices, cet inconscient d’Erickson.

Au cours de notre entretien avec ce Monsieur et son épouse, ils ont souhaité l’un et l’autre que je poursuive les séances d’hypnose parallèlement au traitement médicamenteux. Il était très surprenant de voir ce bras gauche calme, comme si Olga était là. Est ce grâce à ce nouveau traitement comme tous les deux le pensent déjà? Pour moi il s’agit d’un changement d’un autre niveau qui dpeut s’amplifier si nous restons à la frontière du chaos. Alors j’ai proposé de poursuivre les séances d’hypnose à la condition qu’il arrête ce traitement, en accord avec mon confrère. Et il a trouvé les ressources nécessaires pour convaincre et son psychiatre et sa femme d’accepter ensemble cette incertitude.




Bibliographie


BRIGGS John - PEAT F David .
Un miroir turbulent. Guide illustré de la théorie du chaos. Interéditions. 1991
Collectif.
L’ordre du chaos. Pour la science.1989
GLEICK James .
La théorie du chaos. Champs. Flammarion. 1991
LEWIN Roger .
La complexité. Une théorie de la vie au bord du chaos. Interéditions.1994
STEWART Ian .
Dieu joue t’il aux dés? Champs. Flammarion. 1992


Pour en savoir plus

DAHAN DALMEDICO - CHABERT - CHEMLA.
Chaos et déterminisme. Points Seuil. 1992.
EKELAND Ivar .
Le chaos. Dominos Flammarion. 1995.
LOVELOCK James .
La terre est un être vivant. L’hypothèse Gaïa. Champs Flammarion. 1979.
PRIGOGINE Ilya .
Les lois du chaos. Champs Flammarion. 1994
RUELLE David .
Hasard et chaos. Points Odile Jacob. 1991


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