Travaux
 
Maryvonne Virot-Ballay

De l'hypnose à l'hypnose
Mémoire de psychologie clinique
Rennes 1995
Ce mémoire contient en particulier une présentation historique de l'évolution de l'hypnose, les principaux concepts de l'hypnose ericksonienne et jette quelques ponts entre différents types d'hypnoses.

 Liste
 
DE L'HYPNOSE A L'HYPNOSE : CONCLUSION
   
 Conclusion

CONCLUSION

Le phénomène que nous avons envisagé revêt des aspects multiples, guérisons spectaculaires, phénomènes rituels, manifestations somatiques ou psychiques déroutantes et à ce titre, relève aussi bien de la psychiatrie, de la sociologie, de l’histoire des religions que de la médecine, de la biologie ou même de l’éthologie. Ce qui revient sans doute à dire qu’il ne relève d’aucune de ces disciplines en particulier, et que nous pouvons peut-être attendre de leur interaction plus que de leur addition. Nous avons l’impression que l’hypnose est un phénomène dont le centre est partout et la circonférence nulle part. D’où qu’on aborde la question, on se trouve confronté à des réponses contradictoires, notre premier chapitre témoigne des multiples définitions de l’hypnose, le second d’une pratique qui bouleverse les concepts de base, le troisième des difficultés quant à une tentative de repérage théorique.

De Mesmer à Erickson la transmission de l’expérience hypnotique n’a pas été interrompue, franchissant les étapes, modifiant sans cesse ses définitions et ses expressions, mais témoignant d’un invariant insaisissable et pourtant au coeur de la pratique qu’elle détermine, la transe. Cette vieille affaire de l’humanité a existé avant et en dehors de la science - et de l’hypnose - . De quelque façon que nous approchons le problème, nous nous trouvons en effet toujours confronté à un état de transe légère ou profonde, qui n’est ni la veille "officielle", ni le sommeil pur et simple et qui surtout est appréhendé comme autre, soit parce qu’il est rejeté comme pathologique et dangereux soit parce qu’il est au contraire considéré comme sacré, soit encore parce qu’il se manifeste par des phénomènes extra-ordinaires. A l’universelle invariance, répondrait une non moins universelle variation, chaque culture, chaque époque, chaque dispositif théorique, prévalant tel ou tel aspect du phénomène au détriment des autres, afin de tenter d’en maîtriser la déroutante ambiguïté.

A nos yeux, un chercheur-clinicien, Milton H. Erickson a su dégager une pratique en actualisant et réaménageant des éléments en germe dans l’hypnose classique. Il adopte le principe même de la transe dont il fait un état actif, qui dissocie les inhibitions de notre mémoire. Elle est un processus relationnel privilégié et un outil, intégrés dans une stratégie avec une incontestable perspective humaniste, positive, et dynamique. Les tecniques d’induction ouvrent les portes... Le patient est dans un processus d’apprentissage, il apprend à apprendre, ce qui rejoint le fait central du "cycle de vie".

Sa pratique se détermine dans la rigueur du cadre qu’il s’impose contrastant avec l’indirectivité, la grande souplesse, dans sa relation privilégiée, immédiate avec le patient. Si les conditions sont réunies, alors une psychothérapie telle que la conçoit Erickson devient possible, une psychothérapie où la motivation, la conviction et l’empathie du thérapeute répondent à l’ambivalence du patient et à sa souffrance, où le thérapeute à partir d’un symptôme cible, se donne le droit de choisir les outils thérapeutiques les plus appropriés dans les limites de l’acceptation du patient. Une thérapie où l’état d’hypnose, ne peut se dispenser de la rencontre, du lien patient - thérapeute, ce en quoi l’hypnose moderne se distingue fondamentalement de l’hypnose classique.

Il nous paraît maintenant presque légitime que l’hypnose inquiète, tant elle est encore chargée de présupposés et d’impasses explicatives.

Nous pensons qu’elle offre un potentiel certain de recherches et de thérapeutiques, son "efficacité" participe incontestablement de ce qu’elle perdure et revient périodiquement. L’hypnose moderne apparaît comme une énigme dans notre culture, la définition que chacun peut en donner, est loin d’être .... unanime, malgré un niveau scientifique chaque jour plus pointu. Il est donc légitime que nous la rejetions comme un reliquat de sorcellerie ou de magie. Si aujourd’hui elle apparaît comme un reste que les sciences ne peuvent intégrer, c’est l’occasion au contraire de la penser. Ces explications nous en avons besoin car nous n’avons pas renoncé à comprendre.

Qu’est-ce qu’une pratique de soins au delà des différences ? C’est une question qu’il faut se poser. Les sorciers africains ne sont pas moins thérapeutiques que les thérapeutes occidentaux. En quels termes devons nous évaluer une thérapie : questions existentielles, changements, suppression des symptômes, bonheur, paix... Dans le domaine de l’hypnose comme dans celui de toute psychothérapie d’ailleurs, il n’existe aucune panacée. Une technique n’a de valeur que par l’usage qu’en fait celui qui la met en pratique. Comme tout thérapeute, celui qui choisit d’utiliser l’hypnose doit connaître et reconnaître les limites de sa pratique et de ses compétences

Au sein de la psychologie expérimentale américaine deux écoles qui étudient surtout les phénomènes d’analgésie et d’amnésie, témoignent de deux courants : une école qui soutient l’existence d’un état spécifique de l’hypnose, se caractérisant par une facilitation des phénomènes de dissociation, et une école niant toute spécificité à l’état hypnotique. Ces deux positions qui s’opposent surprennent par le fait qu’elles sont fort semblables à celles que nous avons vues dans la controverses entre les fluidistes et les animistes et plus tard entre Charcot et Bernheim.

Après deux siècles, la question reste donc ouverte et les débats passionnés... Mais l’hypnose revient. Pour combien de temps ? Ne craignons pas de la critiquer sur certains points pour tirer le meilleur bénéfice de tout ce qu’Erickson a inventé car elle pose sans cesse les questions dont nous n’avons pas fini de recueillir les fruits.

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