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Conclusion |
CONCLUSION
Le phénomène que nous avons envisagé
revêt des aspects multiples, guérisons spectaculaires,
phénomènes rituels, manifestations somatiques ou psychiques
déroutantes et à ce titre, relève aussi bien
de la psychiatrie, de la sociologie, de lhistoire des religions
que de la médecine, de la biologie ou même de léthologie.
Ce qui revient sans doute à dire quil ne relève
daucune de ces disciplines en particulier, et que nous pouvons
peut-être attendre de leur interaction plus que de leur addition.
Nous avons limpression que lhypnose est un phénomène
dont le centre est partout et la circonférence nulle part.
Doù quon aborde la question, on se trouve confronté
à des réponses contradictoires, notre premier chapitre
témoigne des multiples définitions de lhypnose,
le second dune pratique qui bouleverse les concepts de base,
le troisième des difficultés quant à une tentative
de repérage théorique.
De Mesmer à Erickson la transmission de lexpérience
hypnotique na pas été interrompue, franchissant
les étapes, modifiant sans cesse ses définitions et
ses expressions, mais témoignant dun invariant insaisissable
et pourtant au coeur de la pratique quelle détermine,
la transe. Cette vieille affaire de lhumanité a existé
avant et en dehors de la science - et de lhypnose - . De quelque
façon que nous approchons le problème, nous nous trouvons
en effet toujours confronté à un état de transe
légère ou profonde, qui nest ni la veille "officielle",
ni le sommeil pur et simple et qui surtout est appréhendé
comme autre, soit parce quil est rejeté comme pathologique
et dangereux soit parce quil est au contraire considéré
comme sacré, soit encore parce quil se manifeste par
des phénomènes extra-ordinaires. A luniverselle
invariance, répondrait une non moins universelle variation,
chaque culture, chaque époque, chaque dispositif théorique,
prévalant tel ou tel aspect du phénomène au
détriment des autres, afin de tenter den maîtriser
la déroutante ambiguïté.
A nos yeux, un chercheur-clinicien, Milton H. Erickson
a su dégager une pratique en actualisant et réaménageant
des éléments en germe dans lhypnose classique.
Il adopte le principe même de la transe dont il fait un état
actif, qui dissocie les inhibitions de notre mémoire. Elle
est un processus relationnel privilégié et un outil,
intégrés dans une stratégie avec une incontestable
perspective humaniste, positive, et dynamique. Les tecniques dinduction
ouvrent les portes... Le patient est dans un processus dapprentissage,
il apprend à apprendre, ce qui rejoint le fait central du
"cycle de vie".
Sa pratique se détermine dans la rigueur du
cadre quil simpose contrastant avec lindirectivité,
la grande souplesse, dans sa relation privilégiée,
immédiate avec le patient. Si les conditions sont réunies,
alors une psychothérapie telle que la conçoit Erickson
devient possible, une psychothérapie où la motivation,
la conviction et lempathie du thérapeute répondent
à lambivalence du patient et à sa souffrance,
où le thérapeute à partir dun symptôme
cible, se donne le droit de choisir les outils thérapeutiques
les plus appropriés dans les limites de lacceptation
du patient. Une thérapie où létat dhypnose,
ne peut se dispenser de la rencontre, du lien patient - thérapeute,
ce en quoi lhypnose moderne se distingue fondamentalement
de lhypnose classique.
Il nous paraît maintenant presque légitime
que lhypnose inquiète, tant elle est encore chargée
de présupposés et dimpasses explicatives.
Nous pensons quelle offre un potentiel certain
de recherches et de thérapeutiques, son "efficacité"
participe incontestablement de ce quelle perdure et revient
périodiquement. Lhypnose moderne apparaît comme
une énigme dans notre culture, la définition que chacun
peut en donner, est loin dêtre .... unanime, malgré
un niveau scientifique chaque jour plus pointu. Il est donc légitime
que nous la rejetions comme un reliquat de sorcellerie ou de magie.
Si aujourdhui elle apparaît comme un reste que les sciences
ne peuvent intégrer, cest loccasion au contraire
de la penser. Ces explications nous en avons besoin car nous navons
pas renoncé à comprendre.
Quest-ce quune pratique de soins au delà
des différences ? Cest une question quil faut
se poser. Les sorciers africains ne sont pas moins thérapeutiques
que les thérapeutes occidentaux. En quels termes devons nous
évaluer une thérapie : questions existentielles, changements,
suppression des symptômes, bonheur, paix... Dans le domaine
de lhypnose comme dans celui de toute psychothérapie
dailleurs, il nexiste aucune panacée. Une technique
na de valeur que par lusage quen fait celui qui
la met en pratique. Comme tout thérapeute, celui qui choisit
dutiliser lhypnose doit connaître et reconnaître
les limites de sa pratique et de ses compétences
Au sein de la psychologie expérimentale américaine
deux écoles qui étudient surtout les phénomènes
danalgésie et damnésie, témoignent
de deux courants : une école qui soutient lexistence
dun état spécifique de lhypnose, se caractérisant
par une facilitation des phénomènes de dissociation,
et une école niant toute spécificité à
létat hypnotique. Ces deux positions qui sopposent
surprennent par le fait quelles sont fort semblables à
celles que nous avons vues dans la controverses entre les fluidistes
et les animistes et plus tard entre Charcot et Bernheim.
Après deux siècles, la question reste
donc ouverte et les débats passionnés... Mais lhypnose
revient. Pour combien de temps ? Ne craignons pas de la critiquer
sur certains points pour tirer le meilleur bénéfice
de tout ce quErickson a inventé car elle pose sans
cesse les questions dont nous navons pas fini de recueillir
les fruits.
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