 |
Douleur et hypnose |
Douleur et hypnose.
Dr Alain VALLEE Psychiatre
Nantes.
Colloque annuel de l'APSYL
25 Avril 1998, Angers
Tout d'abord , redéfinir le contexte : le mot hypnose est
utilisé ici pour désigner tout un
contexte psychothérapeutique souvent désigné
sous le nom de psychothérapie stratégique ensemble
de techniques incluant l?hypnose et dont le chef de file était
Milton Erickson.
Parallèlement se déroulaient , sous l?égide
de Gregory Bateson , les recherches de l'école de Palo Alto
, qui ont évolué entre autre vers le concept de psychothérapie
brève .
Ces deux courants se sont largement interpénétrés
du fait de leur proximité culturelle et
géographique , le courant thérapie brève restant
plus « puriste » et le courant ericksonnien restant
plus pragmatique.
Comment ça fonctionne ?
Dans toute psychothérapie stratégique
, vous trouverez ce découpage :
·recadrage de la plainte
·définition dun objectif réaliste
·recherche des ressources
·amplification des possibilités
·anticipation
Quant aux psychothérapies brèves , elles
se sont orientées globalement en un courant centré
sur le problème et un courant centré sur les solutions
, point de vue restant tout à fait complémentaires.
Le champ des psychothérapies familiales est très proche
de ces courants , même si dautres apports sy sont
mêlés ;tous les thérapeutes apprennent à
choisir leur cible dintervention au niveau individuel ou collectif
, dans une visée pragmatique cherchant à trouver le
plus petit changement donc le plus facile à amener- qui aura
les effets les plus pertinents
Quest ce que lhypnose ?
DEFINITION DE LHYPNOSE
Cest un état psychologique caractérisé
par :
·la réceptivité à la suggestion
·la capacité de modifier des perceptions
·la capacité de modifier la mémoire
·la capacité de contrôler des fonctions physiologiques
habituellement involontaires
Lexpérience crée une relation
inhabituelle entre la personne qui crée la suggestion et
celle qui reçoit , une relation qui crée un transfert
particulier impliquant des processus enjeu durant la petite enfance.
Lhypnose, encore que ce mot apparaisse maladroit,
mérite bien que lon sy intéresse un peu.
Cet état particulier ne peut se résumer aux effets
du pouvoir dun « hypnotiseur » sur un sujet, à
légal de ce qui peut être observé en spectacle.
En fait tout être humain sait se mettre en hypnose
spontanément. Cest létat dans lequel chacun
dentre nous se trouve sil est fasciné par un
film ou bien une conférence ou bien lorsquil conduit
distraitement, lesprit occupé par un sujet quelconque.
Cette capacité de dépotentialiser une partie du champ
habituellement conscient semble permettre une focalisation sur un
spectacle par exemple mais également - et ceci qui nous intéresse
en hypnose - sur son imaginaire ou sur telle ou telle sensation
corporelle. Bref chacun sait se mettre en état dhypnose
pour utiliser à
son profit sa capacité de focalisation.
Dès maintenant il apparaît très
clairement que le monde de lhypnose ne sera pas celui
dune action magique mais celui dun grossissement, dune
amplification de ce qui est déjà à létat
débauche ou potentiel.
Toutes les études qui ont été
faites montrent quil ny a pas de spécificité
particulière de létat dhypnose qui nest
probablement quune formalisation culturellement déterminée
dun état de relation à soi-même ou à
autrui. Ces indications permettent de comprendre quà
de très nombreuses reprises dans la journée, chacun
dentre nous se met spontanément en hypnose mais comme
cette transe nest pas attestée par un observateur,
elle nest pas perçue à ce moment là comme
un changement détat.
ET LA DOULEUR ?
A / INTRODUCTION
Même si la pharmacopée et les techniques
médicales ont largement progressé ces dernières
années, nombreux sont les patients « irréductibles
» ou bien qui, pour des raisons «idéologiques»,
souhaitent sorienter vers dautres voies.
Quels patients dailleurs ne consultent pas parallèlement
guérisseurs ou tenants des
médecines dites douces ?
Depuis des temps immémoriaux, les hommes ont
su sentraider pour calmer souffrance et douleur. Les guérisseurs
ont trouvé là un champ de compétence tout à
fait important. Je vous cite un exemple qui montre que ces thérapeutes
nignorent pas la métaphore : il sagit ici dune
procédure pour traiter les douleurs dun zona.
«Souffler sur le mal en y faisant des signes
de croix tout en récitant :
Saint Pierre,
Saint Paul,
Saint Valentin,
Notre Seigneur Jésus Christ
étant par le chemin
trouvèrent un enfant embrasé.
Dieu le prit,
Dieu le leva,
Et souffla
Toi fois sur lui
En disant :
"Feu je te recommande
de perdre ta couleur,
ta vigueur,
ta rigueur aussi vite
que Judas perdit ses forces
en trahissant
notre Seigneur Jésus Christ
au jardin des Oliviers.
Faire une neuvaine de cinq Pater et de cinq Ave deux
fois par jour en l'honneur des cinés
plaies du Christ. »
Cette utilisation de la métaphore biblique est très
fréquente dans ce type de pratique. A mon avis, elle induit
automatiquement une transe hypnotique. Remarquez sa riche sensorialité....
En bref, avant de rire, soyons attentifs ; je crois que nous avons
à apprendre de ces praticiens là. Ils ont su, par
leur rituels, amplifier les ressources des patients. De ce point
de vue, ces pratiques apparaissent comme une source intéressante
dinformations.
B / QUELQUES IDEES SUR LA DOULEUR.
- Douleur - affect
La douleur perçue est un affect qui provoque
une « coloration » du champ de la conscience de façon
identique à laffect de peur, dangoisse, de joie.
Cet affect a bien souvent une valeur de signal nociceptif mais ce
nest plus le cas lorsquon à faire à une
douleur chronique. Ceci nexclut pas que certaines parts de
douleur sont à respecter par leur qualité de signal,
et je pense là à certaines douleurs lombaires par
exemple. Pour le reste la douleur devient simplement un affect gênant
embrasant et occupant la plus grande partie de lespace de
la conscience, ne permettant de ce fait aucun autre investissement.
Il est important de savoir cela car le traitement psychique de la
douleur nest pas différent dans son principe de celui
de nimporte quel affect.
- La causalité
La causalité ne doit pas être un traumatisme pour le
thérapeute, bien quelle puisse
lêtre pour notre patient. Si pour lui la douleur sorigine
dans un traumatisme générant une névrose traumatique,
il faudra instituer une thérapie spécifique de cet
aspect incluant par exemple une désensibilisations par les
mouvements oculaires ou bien dautres techniques.
Au cours de communications antérieures il ma été
quelques fois reproché que je ne devais faire référence
quà de fausses douleurs ou à des douleurs imaginaires.
Jai compris que, par vraies douleurs, mes contradicteurs entendaient
des douleurs à cause organique, plus particulièrement
des douleurs liées à une maladie susceptible dentraîner
la mort. Pour moccuper de cancéreux de douleurs fantômes
à la suite de blessures des troncs nerveux, voir même,
de douleurs post-hémiplégie, jaffirme que lorganicité
de la cause ne préjuge en rien de lefficacité
de laide que lon peut apporter à ces patients,
la seule limite que je poserais étant lexistence de
réexcitation douloureuse, dorigine mécanique
telle quon peut en voir dans les problèmes articulaires
: il est plus intéressant de considérer alors quil
sagit dune douleur aiguë réitérante
survenant sur un fond de douleur chronique et de traiter chaque
aspect de façon spécifique.
- Les ressources
Imaginez un instant que vous souffrez depuis le matin
dune céphalée gênante, que vous entrez
dans le hall de votre immeuble et que tout à coup, un gros
chien menaçant, noir, sorte dun couloir en vous montrant
ses crocs et en grognant dune façon peu engageante.
Probablement vous allez très rapidement faire demi-tour afin
de mettre au moins une porte entre vous et cet intrus.
Durant ce laps de temps, je serais fort étonné que
la céphalée soit encore présente à votre
conscience.
EN CLAIR, VOUS AVEZ CONSTRUIT SPONTANEMENT UNE
ANALGESIE.
Portez maintenant votre regard sur lune de vos
deux mains. Imaginez que vous y enfiliez un gant que vous connaissez
bien, un gant épais, et laissez votre imagination retrouver
les sensations de chaleur, dépaisseur, de distance,
de contact, de maladresse. Si vous demandez à votre collègue
ou à votre secrétaire de pincer la peau de votre main
il y a fort à parier que la sensation douloureuse sera très
atténuée notamment si vous comparez avec lautre
main. En focalisant votre attention sur une représentation
imaginaire, vous avez également su construire une analgésie.
Le travail thérapeutique ne sera jamais que
lamplification de cette capacité spontanée :
tous les êtres humains savent construire spontanément
des analgésies.
C / LES TECHNIQUES
J'ai choisi de vous exposer la façon dont je
travaille avec les douloureux chroniques. Si
lorganisation technique est essentiellement inspirée
par les théories de communication de lécole
de Palo Alto, lhypnose Ericksonnienne, la thérapie
est marquée par les rencontres avec de nombreux praticiens
et puis, il faut le dire, par la grande confiance que me font les
correspondants qui m'envoient des patients. Je crois que cela représente
une bonne partie de lefficacité. J'ai choisi de façon
tout à fait artificielle de découper cette façon
de faire en différents sous chapitres tels que le questionnement
dynamique, le travail sur l'anticipation et la certitude du changement,
la construction de la métaphorisation, l'amplification des
ressources, les
prescriptions, l'utilité ou non de la ratification de la
transe hypnotique et enfin le travail sur le contexte.
1- Le questionnement.
Le questionnement a plusieurs visées.
Tout dabord il doit convaincre le patient de
lattention toute particulière que
lui porte le médecin. Pour ce, la précision des questions,
linsistance sur des détails peut même apparaître
quelquefois presque risible à un observateur par exemple
lors dune consultation publique. Mais elle est essentielle,
compte tenu de la qualité de la relation que le thérapeute
est capable de créer, pour quil puisse entrer dans
le monde représentatif du patient.
Une autre visée va être de réduire le phénomène.
Si demblée le patient vous annonce quil a mal
en permanence, souvent le questionnement va vous permettre dapprendre
quil y a des moments où il fait moins de douleurs,
par exemple quand ses enfants sont là, ou bien quand il y
a un rayon de soleil, ou bien quand il soccupe de son ordinateur,
ou bien pendant son sommeil. Finalement, vous réussissez
assez facilement à réduire une douleur officiellement
permanente à seulement quelques heures par jour.
Dans la série diachronique vous trouvez des
exceptions, il y a bien souvent des jours, ou même des périodes,
durant lesquels les douleurs se sont évanouies comme par
miracle, cest très important alors de poser la question
au patient de savoir comment il a fait pour les diminuer.
Même sil est incapable de vous répondre il va
être confondu de votre certitude que cest lui qui a
fait quelque chose.
Dans cette rubrique, il est très important
de se renseigner sur ce qui sest passé pour sa douleur
depuis lappel téléphonique de demande de rendez-vous
: dans un grand nombre de cas, de façon spontanée,
il y a eu une amélioration. Ceci se marque surtout par ce
que le patient a fait à la place ; on se rend compte quil
a fait plus dactivités, quil a marché
un peu plus. Bien souvent les patients cherchent à minimiser
cette amélioration davant la consultation en faisant
appel à des idées telles que leffet placebo.
Jen profite alors pour leur dire et leur expliquer que leffet
placebo nest rien dautre que la propre autorisation
quils se donnent dutiliser spontanément leurs
ressources pour venir à bout de la difficulté. Généralement
suivent alors quelques considérations tirées de travaux
scientifiques relatés dans la « psychobiologie de la
guérison » de E. ROSSI ou tirés de photocopies
diverses que je leur communique qui permettent de convaincre aisément
le patient que ce quil ne croyait nêtre que vil
plomb de la suggestion est en fait lor pur de ses propres
ressources.
Le questionnement a également pour rôle de savoir ce
que le patient veut. Contrairement à ce que lévidence
pourrait apporter, il apparaît que les patients sont très
réalistes et ne veulent pas toujours la douleur zéro.
Je pense, par exemple, à un homme qui avait noté une
bonne efficacité des morphiniques dans les douleurs les plus
fortes quil connaissait mais qui ne pouvait les utiliser pour
les douleurs résiduelles certes faibles mais qui étaient
devenues pour lui des plus gênantes : au lieu de me demander
de supprimer 90% de la douleur il me demandait en fait simplement
de laider à en supprimer 10%. Avouez que cest
quand même plus simple, encore faut-il le savoir.
Le questionnement doit avoir pour but également
de faire éclater le cadre dune douleur en plusieurs
petites douleurs, cest là que tous les termes de le
description des douleurs sont extrêmement intéressants
et que le fait de se mettre à parler de la douleur tiraillante
puis de la douleur brûlante, puis de la douleur arrachante
devient quelque chose de tout à fait intéressant.
Lorsque je commence à demander au patient sil est capable
de ressentir en même temps la douleur brûlante et la
douleur tiraillante, il se rend compte très rapidement quil
est difficile davoir présentes à la conscience
en même temps plusieurs composantes de la douleur (dans le
langage de la séance je dis que « vous ne pouvez pas
avoir plusieurs douleurs en même temps). Généralement
jillustre cela par les pratiques des agriculteurs utilisant
le tord-nez ou le mors indien sur un cheval pour se livrer à
une intervention chirurgicale, la perception de lanimal étant
tellement saturée par la douleur céphalique ainsi
créé quil nen ressent aucune autre.
Certains thérapeutes demandent si la douleur peut exister
dans le creux poplité, zone que la personne ne connaît
pas, ou bien dans lépiploon, zone tout autrement mystérieuse
et semeuse de doute.
Si vous observez bien votre patient pendant ce questionnement
vous noterez que son visage commence à devenir moins mobile,
les mouvements de son corps sont moins nombreux, une phalange ou
deux ont tendance à rester soulevées plus quil
nest nécessaire. Bref, il est déjà en
train de se mettre en hypnose.
Avouez que cest quand même bien utile : avec un questionnement
bien fait, le patient
commence à être en transe hypnotique, par ailleurs,
ses problèmes absolument énormes nexistent plus
que quelques heures par jour et, si vous avez habilement négocié,
on ne vous demande plus que den réduire une part. De
surcroît vous avez convaincu le patient quil était
déjà capable de les régler, en tout cas quil
en avait les capacités.
Il est tout à fait intéressant dutiliser
également dans ce questionnement des échelles,
quelles soient digitales cest à dire chiffrées
ou bien analogiques, le patient cochant de façon intuitive
le niveau de sa douleur. Ces échelles sont également
une excellente façon de préparer lanticipation
il suffit de mettre le trait juste un peu plus loin et de leur dire
: « imaginez que vous êtes arrivés là
». Si vous posez les questions précisément,
vous allez transporter votre patient dans lanticipation du
changement.
2- LANTICIPATION.
Vous avez permis à cet homme où à
cette femme qui pensait ne rien changer à sa douleur, de
se rendre compte quen fait quil avait beaucoup plus
de capacités quil ne le croyait. Il est bien souvent
utile alors de poser quelques questions sur ses ressources, sur
ses loisirs, sur son projet de vie, il est souvent même intéressant
de créer des ressources. Si le patient nest pas totalement
convaincu de sa capacité de créer une anesthésie,
il est tout à fait aisé, après ce questionnaire,
en profitant de cette transe légère sans avoir besoin
de la ratifier, de suggérer au patient quil enfonce
sa main dans seau deau glacée ou bien quil enfile
un gant et créer ainsi une anesthésie de la main qui
va le convaincre très aisément que par la simple force
de son imagination, il est capable de créer des changements
importants au niveau du ressenti de la douleur.
La certitude du changement ainsi créée,
il va falloir la transporter dans lavenir. Le
style du questionnement utilisant le futur de lindicatif et
non le conditionnel, lié à la
certitude du thérapeute en ce changement, est déjà
très important. Projeter le patient dans lavenir est
également quelque chose de tout à fait essentiel sans
avoir besoin pour cela de faire une anticipation dans la transe.
Dans un certain nombre de cas, jutilise la question miracle
de STEVE DE SHAZER : (thérapeute Américain remarquable).
«Supposez que le problème est résolu,
que, pendant votre sommeil, un miracle a eu lieu, quand vous vous
réveillez, vous ne savez pas encore quil y a eu un
miracle, à quoi allez vous le comprendre» ? Et notre
brave homme est bien ahuri lorsquil se rend compte que les
changements ne concernent pas que la douleur. Je ne suis pas certain
en ce qui me concerne quil existe dans la séance un
temps bien particulier pour lanticipation, qui est plutôt
un travail de «saupoudrage» à certains moments,
qui ne fait que venir confirmer et augmenter des impressions, avant
dancrer progressivement la certitude du changement à
venir. A mon sens ce nest que lorsque ce but est atteint que
lutilisation des techniques danticipation, que ce soit
la question miracle de DE SHAZER où lanticipation dans
le cadre dune transe hypnotique sont réellement utilisables.
Cette certitude du changement peut également
se construire sur lapprentissage de la
découverte des valeurs, des ressources. Par exemple lanesthésie
de la main nest pas ou exceptionnellement un modèle
utilisable par le patient pour calmer ses douleurs ; par contre,
ce quil observe dans sa main vient lui prouver quil
a la possibilité de changer quelque chose dans le monde de
la douleur.
LA METAPHORISATION
Le travail de métaphorisation est une des pierres
angulaires de la prise en charge de la
douleur chronique. A noter quil a déjà été
largement anticipé par le questionnement. En effet celui-ci
met en évidence les représentations du patient qui
sont elles-mêmes des métaphores, et il ny a pas
besoin de beaucoup pousser pour quil puisse se représenter
le muscle réellement tordu ou bien les tensions musculaires
comme celle des haubans qui tiennent un mât de bateau ou bien
de ressentir cette gêne comme limpression dune
barre de fer qui freinerait sa mobilité à lintérieur
de son bras. A partir de cette construction métaphorique
qui na pas besoin nécessairement dune transe
ratifiée, il suffira dinciter le patient à se
représenter en imagination cette métaphore, de lui
proposer de lamplifier tout dabord avant de lui proposer
dapprendre progressivement à la diminuer. Vous pouvez
alors négocier la proportion minimale de douleur quil
peut réduire de manière perceptible pour lui. Par
exemple un patient me racontait que, pour venir à bout cette
barre de fer, il avait utilisé en imagination une scie à
métaux. Au début, plus il sciait, plus il lui semblait
que lacier de cette barre devenait dur, il a fallu
quil change de lame et à ce moment là il a pu
commencer, morceau par morceau, à grignoter cette barre de
fer.
Un des écueils de cette métaphorisation
en transe très légère est que très souvent
les patients souhaitent un effet immédiat sur la douleur.
Lutilisation de lanesthésie à travers
la métaphore du gant est un bon moyen de leur faire comprendre
que le lâcher prise sur le symptôme peut être
un bon moyen de le laisser se modifier.
«Contentez-vous du travail sur la représentation, le
corps fera le reste».
La métaphore peut être également
corporelle : lutilisation de lanesthésie, de
la
lévitation dune main où dun bras peut
être tout à fait utilisée pour créer
une métaphore de changement. Si ces métaphores corporelles
se construisent plus volontiers au cours dune transe, il semble
que la surprise manifestée par les patients lorsquils
découvrent les capacités de leur corps à avoir
une motricité automatique, ou à réguler le
tonus musculaire ou bien à déplacer physiquement le
siège dune douleur, suffise à concrétiser
la réalité du changement.
Dailleurs en règle générale ces métaphores
corporelles sont utilisées pour ancrer les
métaphores imaginatives, par exemple dans une implication
: « et au fur et à mesure que votre main se soulève
la douleur se déplace et devient plus légère
».
Il arrive également que jutilise une fable métaphorique,
jinvente alors une histoire
congruente à celle du patient qui est souvent proche de ses
fantaisies. Durant ce récit il va partir dans un monde imaginaire
qui décalquera ses difficultés. Par exemple il peut
partir faire une promenade sur un beau voilier. Durant cette promenade
nous pouvons nous rendre compte quil y a besoin de régler
les haubans ; de façon indirecte je suggère que le
mât peut ressembler à la colonne vertébrale
et de cette façon là nous réussissons à
détendre relativement facilement les muscles de cette personne
hyper tonique.
Au cours de ce voyage, il peut y arriver quil y ait des visiteurs
indésirables dans le
bateau sous la forme par exemple de fourmis sil y a une douleur
fourmillante ou bien de rongeurs sil y a une douleur rongeante
et nous serons amenés à faire toute une chasse à
ces hôtes indésirables et à les jeter à
leau. De façon surprenante la naïveté de
ces histoires est très bien perçue en hypnose et diminue
beaucoup la résistance des patients à se débarrasser
à leur tour de leurs hôtes indésirables que
sont les douleurs.
PRESCRIPTIONS
Je ne vous parlerai pas des prescriptions involontaires et implicites
qui passent à
travers notre discours et qui font que le patient va utiliser tel
où tel aspect de ce qui est dit pour modifier telle ou telle
partie de sa vie. Encore que ceci puisse être utilisé
pour faire des prescriptions saupoudrages ou bien indirectement
en parlant de ce quun autre patient a fait pour lui, ce qui
augmente de beaucoup lefficacité de la prescription.
En effet je vois beaucoup de jeunes thérapeutes ericksonniens
qui me parlent de prescriptions extrêmement provocantes et
finalement pas acceptables par la personne. Je connais des thérapeutes
exceptionnels qui ont un charisme tout à fait particulier
qui fait que les patients vont faire effectivement pour eux des
choses tout à fait surprenantes. Dans la réalité
la plupart des thérapeutes nen sont pas là,
ils doivent proposer aux patients uniquement des prescriptions acceptables
et pour le patient et pour eux -même.
En matière de douleur chronique, celles-ci sont habituellement
simples dans ma pratique.
La plus fréquente est celle-ci : « Si vous faites bien
volontairement ce que vous faites
dhabitude involontairement vous aurez tendance à faire
moins involontairement les symptômes ».
Sur cette base exacte empiriquement exacte à
défaut dêtre logique, le patient reçoit
la
prescription daugmenter sa douleur dans un moment disolement.
Même si cette prescription apparaît « cruelle
», elle est généralement bien acceptée
parce que bien comprise.
Les prescriptions peuvent également être plus corporelles.
Assez souvent je conseille aux patients de faire de lauto-hypnose.
Durant celles-ci, soit ils renouvellent des exercices quils
ont déjà faits, soit ils apprennent à travailler
sur la métaphorisation dans le lâcher prise. En effet
il est essentiel quils acceptent lidée quil
faut renoncer à soccuper de leur douleur pour se contenter
dagir sur les métaphores. Jaime bien leur expliquer
alors que nous ne sommes pas dans le monde dune réalité
habituelle mais que nous sommes dans le monde dAlice au pays
des merveilles, où le corps prend les consignes au pied de
la lettre.
Fréquemment je confie aux patients des tâches
dobservation et des changements. En effet, il faut savoir
que, comme dans de beaucoup de problématiques, le vécu
subjectif est lié à lattention que les personnes
portent à leurs difficultés. Dans le premier temps
dune douleur, il est fréquent que les patients, encore
dans la projection active de leur vie, aient tendance à oublier
les douleurs ce qui fait que par exemple ils ne vont venir consulter
que très tard. Un beau jour un événement quelconque
fait que cette douleur prend tout à coup de limportance,
se met à faire partie de leur « carte de visite »;
à partir de ce moment là, ce ne sont plus les douleurs
quils vont oublier mais les moments damélioration
et, de ce fait, le vécu subjectif de la douleur va devenir
bien plus important. Au cours de la thérapie ou bien à
loccasion dun autre événement, cette tendance
peut tout à fait sinverser et provoquer alors une amélioration
qui peut être vue comme miraculeuse.
Jaime également beaucoup confier aux
patients des tâches danticipation sous la forme par
exemple dune lettre de lavenir quils adressent
à un de leurs amis proches. Dans cette lettre, ils racontent
ce quils vivent et cette description dune vie sans douleur
leur est tout à fait utile.
Des prescriptions, enfin, sont contextuelles. Je métendrai
plus loin sur ce sujet mais
demblée - vous avez sans doute déjà eu
cette expérience - vous savez que la douleur est un symptôme
et également loccasion dune communication ; bien
souvent il faudra que les prescriptions tiennent compte de cet aspect
relationnel notamment familial, de lexpression douloureuse
pour être source de changement.
CONTEXTUALISATION
Quel que soit le point de départ, même
organique, dun symptôme, la plainte est un
phénomène complexe qui, dès son origine, sinscrit
dans le culturel. Si elle dure, la plainte va inéluctablement
être prise dans le contexte relationnel de lindividu
qui la porte. Au bout dun certain temps, si il y a lieu, lutilisation
relationnelle peut devenir prédominante. Ceci fait quune
douleur peut fort bien persister alors que la lésion qui
la créée a disparu. Au niveau clinique, un bon
signe de cette prédominance relationnelle est linefficacité
des antalgiques majeurs. Plus le sujet vit dans un contexte ou la
plainte est « utilisable » et lui donne un certain «
pouvoir », plus la prise en compte relationnelle sera rapide,
solide et difficile à mobiliser. A contrario, plus le milieu
de vie de la personne sera chaleureux et équilibré,
plus le risque de relationnalisation pathologique de la plainte
sera faible. Le plus généralement, il semble que le
contexte relationnel familial soit la cible prédominante,
mais ce nest pas toujours le cas et il faudra alors travailler
avec dautres membres du réseau amical ou professionnel.
Dans un bon nombre de cas, heureusement, le milieu est mobilisable.
A minima quelquefois une simple intervention de bon sens permettant
par exemple la séparation des générations peut
avoir une grande efficacité ; quelquefois il faudra mettre
en évidence les loyautés invisibles notamment à
des personnes disparues : là, lutilisation de prescriptions
telles que des lettres au défunt peuvent être tout
à fait décisives.
Quelquefois le milieu familial napparaît
pas mobilisable, ce qui est dailleurs plus du
fait de lincompétence de ma pratique que de la non-mobilisation
possible de la famille. Dans ces cas là, jai tendance
à faire des prescriptions homéostatiques, telle que
la prescription du maintien de la plainte, soit directement, soit
métaphoriquement, jaime beaucoup alors conseiller aux
patients de continuer à promener ostensiblement leur boîte
de médicament, alors même quils en prennent beaucoup
moins. Après que le patient ait ainsi progressé à
labri de ce « bouclier » il deviendra progressivement
un cothérapeute dautant plus compétent quil
connaît bien le milieu sur lequel il travaille.
Cette importance du contexte dans le travail avec
la douleur chronique fait que très généralement,
lors de la première consultation, jétablis un
génogramme qui est un excellent support pour permettre demblée
au patient de devoir prendre en compte la relationnalisation de
sa plainte.
Bien souvent les patients viennent accompagnés
et jai coutume de prendre en entretien les personnes présentes
dans la salle dattente. Je me fais là de puissants
alliés, des cothérapeutes efficaces. Il marrive
de travailler la séance comme une thérapie de couple
; souvent je compte sur là-propos des tiers qui ont
tendance à utiliser la séance à leur profit
et, de ce fait, créent un changement plus facile à
obtenir qui, systémiquement, rendra plus probable le changement
du patient « désigné » : par exemple un
conjoint se mettra spontanément en transe hypnotique. Si
jai réussi à connaître ou observer un
petit problème quil présente, jutilise
cette transe pour laméliorer. Ceci en fera un allié
et dautre part ce simple changement peut avoir un effet «
boule de neige » qui améliorera le patient douloureux.
TRANSE OU PAS TRANSE ?
Lhypnose, encore que ce mot apparaisse maladroit
mérite bien que lon sy intéresse un peu.
Cet état particulier ne correspond pas aux effets du pouvoir
dun « hypnotiseur » sur un sujet, à légal
de ce qui peut être observé en spectacle. En fait tout
être humain sait se mettre en hypnose spontanément.
Cest létat dans lequel chacun dentre nous
se trouve sil est fasciné par un film ou bien une conférence
ou bien lorsquil conduit distraitement, lesprit occupé
par un sujet quelconque. Cette capacité de dépotentialiser
une partie du champ habituellement conscient semble permettre une
focalisation sur un spectacle par exemple mais également
- et ceci qui nous;intéresse en hypnose - sur son imaginaire
ou sur telle ou telle sensation corporelle.
Bref chacun sait se mettre en état dhypnose
pour utiliser à son profit sa capacité de focalisation.
Dès maintenant il apparaît très
clairement que le monde de lhypnose ne sera pas celui
dune action magique mais celui dun grossissement, dune
amplification de ce qui est déjà à létat
débauche ou potentiel.
Toutes les études qui ont été
faites montrent quil ny a pas de spécificité
particulière de létat dhypnose qui nest
quune formalisation culturellement déterminée
dun état de relation à soi-même ou à
autrui. Ces indications permettent de comprendre quà
de très nombreuses reprises dans la journée, chacun
dentre nous se met spontanément en hypnose mais comme
cette transe nest pas attestée par un observateur,
elle nest pas perçue à ce moment là comme
un changement détat.
Plus exactement la question au lieu de transe ou pas
transe ? serait : est-il utile ou non de ratifier la transe, de
le faire percevoir au patient ?
Nous avons déjà vu quà
de nombreux moments dans les entretiens, que ce soit lors du questionnaire
ou bien même lorsque les patients soccupent chez eux
à augmenter leurs symptômes, ils sont amenés
à construire spontanément des transes. Effectivement,
assez fréquemment surtout avec des jeunes patients ayant
une bonne capacité imaginative, je travaille sans ratifier
aucune transe men tenant simplement à des procédures
telles que la question miracle de SHAZER. Par contre, sil
me semble quil ny a pas beaucoup de ressources, si le
patient na pas commencé à saméliorer
avant la première visite, sil est difficile de trouver
des exceptions et surtout de le convaincre que les exceptions existent,
à ce moment-là, la ratification de la transe est déjà
en elle-même une excellente métaphore de changement
que le patient va pouvoir intégrer.
Lutilisation de la transe va être également un
bon moyen de créer des ressources, et là, il peut
être intéressant daller dune certaine façon
« à la pêche », pour évaluer la
capacité du patient à créer de lanesthésie,
de lanalgésie, de lamnésie, de la dissociation,
de la
distorsion du temps, de vivre des modifications physiologiques,
de déplacer sa douleur, de distraire son attention, surtout
dêtre capable danticiper vers un avenir sans douleur,
ou avec une douleur réduite. La connaissance de ces éléments
sera tout à fait utile pour construire les stratégies
thérapeutiques. La ratification de la transe permettra aussi
plus facilement de demander au patient de construire de lauto-hypnose.
Par ailleurs, il mapparaît plus simple dutiliser
des transes ratifiées lorsquil est intéressant
de créer un contexte damnésie ou bien des distorsions
temporelles.
Quoi quil en soit, jévite le plus
souvent dutiliser une procédure dinduction
classique. A vrai dire, jai tendance à penser que si
je nétais pas capable de laisser le patient entrer
en transe pendant lentretien, ceci signifierait que je nai
pas pu me « calibrer » avec lui, dentrer dans
son monde. Il marrive quelquefois dutiliser des inductions
classiques dans le but déchouer pour montrer de façon
paradoxale à des patients avec des personnalités que
nous pourrions qualifier dhystériques ( ils sont en
fait trop en hypnose), quils ne sont pas faits pour utiliser
cette technique, le message étant quils contrôlent
tellement les choses quils ne peuvent pas faire lhypnose,
que pourtant ils demandent à corps et à cris.
Il marrive également dapprendre
aux patients à construire une auto-hypnose avec une technique
de focalisation sensorielle simple qui leur permet de se mettre
dans cet état sans avoir besoin dêtre captés
par leurs douleurs.
CONCLUSION :
Ce texte ne propose pas un modèle. Dailleurs
il sagit dun travail un peu éclectique
composé de techniques glanées dans mes rencontres
mais toutes congruentes avec ma personnalité et ma conception
du monde. Et chaque thérapeute trouvera des techniques et
des modalités dintervention qui lui conviennent si
bien quil ny a pas de modèles spécifiquement
reproductibles. Il apparaît néanmoins que dans les
quelques techniques que jai apportées, un certain nombre
et tout particulièrement, le questionnement et lanticipation
sont parfaitement utilisables par nimporte quel médecin
se penchant sur un de ses patients douloureux et sintéressant
réellement à lui. Ces techniques ne prennent pas beaucoup
de temps et il est possible à chacun de mieux poser les questions,
de positiver les ressources, dentraîner le patient dans
lanticipation ou bien de raconter quelques histoires même
si se sont simplement des histoires plus ou moins vraies dautres
patients. Bien sûr il existe des parts relativement importantes
qui ne peuvent être menées que par des thérapeutes
expérimentés qui sont malheureusement trop peu nombreux
en notre pays. Il est néanmoinscertain que ces techniques
ont leur place en adjuvant aux techniques médicales.
DOCTEUR ALAIN VALLEE. NANTES.
|
 |