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Le trouble obsessionnel compulsif
(toc) de lenfant :
intérêt des thérapies brèves
et de lhypnose - 2003 |
Dr Jean-François Marquet Pédo-Psychiatre
Rennes
INTÉRÊT DU DIAGNOSTIC
PRÉCOCE:
-il y aurait entre 1 et 3 % des enfants et des adolescents de moins
de 16 ans qui souffrent de TOC nettement pathologique.(1-2-3)
- 80% des adultes souffrant de TOC ont débutés leur
trouble dans lenfance ou ladolescence (âge moyen
11 ans) mais le plus souvent la demande daide nest survenue
que vers 24 ans,le diagnostic correct seulement posé a 30 et
le traitement instauré à 31 ans......(4-5)
SPECIFICITES CLINIQUES DU TOC DE LENFANT
(Hantouche,Kochman)(6)
-moins ou pas dégodystonie(lenfant banalise le
trouble et ne le pense pas indésirable)
-Ignorance quil sagit dune maladie,nen parle
pas à son entourage(donc diagnostic tardif)
-Obsessions et compulsions multiples et fluctuantes(jusquà
20 TOC concomitants)
-Implication de lentourage familial dans les rituels avec parfois
attitudes autoritaires et tyranniques
-crises de colère,agressivité manifeste en cas dinterruption
des rituels
Pour avoir un diagnostic de TOC selon le DSM IV, il faut à
la fois des obsessions et des compulsions. Mais il nest pas
rare,surtout en début dévolution,dobserver
des rituels compulsifs en absence dobsessions identifiables.(7)
CLINIQUE DU TOC INFANTILE (8-9-14)
Obsessions les plus fréquentes chez lenfant:
-thèmes de contamination ou de souillure(40%)
-peur dun malheur à soi ou aux autres(24%)
-peur doublier quelque chose ou de faire des erreurs(17%)
-besoin de symétrie
-pensées interdites
-besoin de dire des formules,des prières
Compulsions les plus fréquentes chez lenfant:
-rituels de lavage (85%)
-répétitions (51%)
-toucher(20%)
-vérifications,listes
-rangements,accumulations
-prières,superstitions
OBSESSIONS,DU NORMAL AU PATHOLOGIQUE
(daprès Hantouche EG, Kochman F) (6)
NORMALES PATHOLOGIQUES
*
TRAITEMENT DES ENFANTS SOUFFRANTS DE
TOC
Diverses prises en charges semblent utilisées en france avec
plus ou moins de succès(psychanalyse,psychothérapie
familiale analytique,thérapies familiales systémiques,
pharmacothérapie en particulier la Sertraline® chez lenfant
jeune,thérapies cognitivo-comportementales).(6-9-11)
Pour ma part, après des résultats souvent mitigés
en utilisant uniquement de lhypnose assez directe, jai
été assez déçu de ne trouver aucune piste
dinspiration chez Erickson ni les Ericksonniens....La littérature
sur les TOC faisant en permanence référence aux thérapies
cognitivo-comportementales comme seul traitement ayant prouvé
son efficacité sur les TOC chez ladulte , jai cherché
à comprendre ce que proposaient les comportementalistes chez
lenfant et ladolescent.
Récemment, March et Mulle proposaient chez les adolescents
un outil intéressant bien quun peu rigide et stéréotypé
, donc peu créatif et surtout difficilement utilisable chez
lenfant dage préscolaire.(14-15).
Même dans un contexte de thérapies dites brèves,la
prise en charge dun TOC de lenfant est un travail lourd,
long et astreignant. Il nécessite souvent de 25 a 30 séances
sur 6 mois à 1 an et une grande disponibilité tant de
la part des parents , de lenfant que du thérapeute.
Linspiration Ericksonienne pour librement adapter ce protocole
en tenant compte des contraintes techniques liées à
lage et de la nécessité personnelle de travailler
confortablement et en souplesse mont amené , après
bien des tâtonnements ,à proposer un outil différent.
Celui-ci utilise la trame cognitivo-comportementale lourde et rigide
(mais très sécurisante pour les enfants ayant des TOC
et pour leurs parents) , en y incluant lhypnothérapie
pour favoriser lexposition avec prévention de la réponse
(15). Cette technique est facilement utilisable pour un ericksonien
habitué a travailler avec des enfants et savère
étonnement efficace.
PROTOCOLE TYPE
(TEL QUE PRESENTÉ A LENFANT ET AUX PARENTS)
(intérêt majeur pour rassurer les familles en leur proposant
un outil formaté, prévisible et quasi obsessionnalisé
qui devient presque une prescription de symptôme en soi) très
librement inspiré de March et Mulle(14-15)
-Semaine 1: Établir le TOC comme une maladie
-Semaines 2 et 3: Cartographier le TOC
(Child Y-BOCS, échelle de Leyton)(15)
-Semaines 4 à 23:
Entraînement a la gestion de lanxiété
Exposition avec prévention de la réponse avec hypnose.
Construction de la métaphore thérapeutique filée.
-Semaines 1,2,3,10 et 24 Séances avec les parents pour évaluation,
expliquations et mise au point.
-Semaines 28, 32 et 52: Séances de rappel en présence
des parents.
QUELQUES RÈGLES
-le travail avec les familles est incontournable dés la première
séance et tout au long de la thérapie. Il nécessite
de clairement expliquer que le TOC est une maladie et non un signe
de mauvaise volonté ou un caprice puis dexpliquer tout
aussi clairement le protocole thérapeutique
-le véritable travail thérapeutique officiel structuré
ne commence que quand la famille est totalement daccord et
impliquée (cela peut prendre 3 ou 4 séances voire
plus...)
-le bilan de départ est essentiel pour objectiver les progrès
et les difficultés (Child Y-BOCS, échelle de Leyton)(15)
et sera régulièrement effectué (S2-S10-S20...)
La phase thérapeutique officielle ne commence quaprès
avoir fait ces bilans , rempli les 3 boites ericksoniennes
(résistances, ressources et contexte) et déterminé
lorientation sensorielle de lenfant.(16-20)
SÉANCE TYPE
Chaque semaine , aussi longtemps que nécessaire, une séance
type comporte 3 phases plus ou moins intriquées:
-phase dévaluation des
symptômes et des taches accomplies dans la semaine précédente
(en utilisant un carnet de bord ou lenfant
dessine ou écrit , selon son age)
-phase d hypnothérapie
(en insistant sur le suivi et la progression
des métaphores utilisées, avec linclusion dune
séance dExposition avec prévention de la réponse
in vitro au cours de la métaphore thérapeutique).
Quel quen soit le thème (à adapter selon lenfant
et ses 3 boites), la métaphore thérapeutique
utilisera le concept de réduction dune zone abîmée
ou dangereuse ou douloureuse et laugmentation dune zone
restaurée, sure ou confortable avec une évolutivité.
Assez souvent , et de manière assez peu classique , je pense
quil est très utile pour les TOC de réutiliser
la même trame métaphorique au fil des séances
en la faisant évoluer et progresser,comme un fil rouge que
lon retrouve dune fois sur lautre mais évoluant
dans le temps et en améliorant la symptomatologie . La technique
de construction de cette métaphore filée ,elle même
, reste assez classique (16-16 bis-17) et linduction hypnotique
(20) dépendra comme toujours de lage de lenfant
et de son orientation sensorielle préférentielle.
Cest par exemple pour cet enfant de 8 ans, ritualisant des
lavages incessants, lhistoire dun petit dinosaure fuyant
le déluge et se réfugiant dans une grotte montagneuse
. Lenfant peut suivre lévolution du déluge
a travers les sens et les émotions du petit dinosaure,puis
percevoir l atténuation de la pluie, le soleil qui
apparaît et sèche lentement la vallée inondée
qui lempêche encore de rejoindre la petite dinosaurette
(ou copain ou parent dino) réfugiée sur lautre
montagne avec qui il peut cependant échanger des mots dencouragement
et de patience.
Toute cette progression se fait au fil des rendez-vous, lenfant
reprenant souvent lhistoire la ou elle était restée
la semaine précédente, avec parfois des rechutes (deau
bien sur ) et des peurs entretemps..mais toujours en acceptant de
sexposer progressivement et métaphoriquement à
sa peur, à ses obsessions et en supprimant régulièrement
certains rituels.
La technique des métaphores imbriquées de Stephen
Lankton(18-18 bis) ferait en plus , sendormir ce petit dinosaure
dans sa grotte et le faire rêver quil est un humain
adolescent dune Heroic fantaisy qui affrontera par exemple
des épreuves rituelles de purification (sur un mode d
Exposition avec prévention de réponse). Quand le dinosaure
se réveille de cette sieste,la suite de son histoire se poursuit.
Ces métaphores imbriquées permettent d intriquer
la peur dans un safe-place sans mettre en danger lenfant
lui même. Il peut ainsi prendre dans plusieurs niveaux de
lecture, de sensorialité sans jamais être lui même
menacé et ainsi progresser assez confortablement.
-phase de prescription de taches et/ou
de symptômes pour la semaine à venir.
Au bout dun temps plus ou moins long, lexposition avec
prévention de la réponse peut se faire in vivo (dabord
au cabinet et en ma présence, puis sans moi mais au cabinet,
puis hors du cabinet).
Il va sans dire quil est en fait assez rare davoir besoin
des 25 séances et quon arrive souvent à faire
la bonne surprise aux enfants et aux parents de rendre
le symptôme quasi inexistant en 5 ou 6 séances dhypnothérapie.
Jai par exemple très récemment été
le plus étonné de faire passer un pré-adolescent
de 12 ans de 10 (dix !!!) heures de rituels de lavage quotidiens
depuis 8 mois à seulement 15 minutes matin et soir en 7 séances
dhypnothérapie de ce type.Il va sans dire que cela
implique bien sur de ne pas rester dans les métaphores uniquement
au niveau du symptome mais dy integrer toute le contexte familial
et scolaire (plus ou moins problematiques eux même)
CONCLUSION
Cette adaptation des techniques cognitivo-comportementales a un
esprit Ericksonien ma permis de me sentir enfin à la
fois à laise et efficace pour aider des enfants souffrants
de TOC que la seule hypnose ne me permettait pas daméliorer
correctement.
L hypnothérapie (cad lhypnose au service dune
stratégie, même cognitivo-comprtementale) me semble
une réelle différence et nous rappelle qu Erickson
n hésitait pas à employer divers outils bien
différents pour obtenir le résultat souhaité.(20)

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