D. Ernest Rossi.
 

 

Cinq essais de génomique psychosociale
Exploration d'une nouvelle démarche scientifique axée sur l'interaction entre l'esprit et la molécule

Aux éditions
TranceLations

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CINQ ESSAIS DE GENOMIQUE PSYCHOSOCIALE
   
   

Exploration d'une nouvelle démarche scientifique axée sur l'interaction sentre l'esprit et la molécule
Un ouvrage paru aux éditions TranceLations

Présentation de l'ouvrage par le Dr. Claude Virot

Est il nécessaire de présenter encore Ernest Lawrence Rossi qui, après avoir cheminé avec Erickson entre 1970 et 1980, a publié de très nombreux ouvrages dont les plus importants sont -peut être - “The Psychobiology of mind-Body Healing” en 1986 et “The Symptom Path to Enlightenment” en 1996 ?

Dans cet ouvrage : «Cinq Essais de Génomique Psychosociale », il poursuit cette exploration des liens réciproques du corps et de l’esprit révélés par de nombreux travaux scientifiques et étayés par sa pratique de l’hypnose thérapeutique. En effet Ernest Rossi réussit encore ce tour de force d’aller vers la recherche fondamentale la plus pure qui tend à localiser les phénomènes tout en développant une méthode thérapeutique tout aussi pure dont l’action est globale.

De la même manière, il est plus simple de dissocier le Rossi chercheur du Rossi psychothérapeute mais en gardant en permanence à l‘esprit que cette dissociation est un artifice de présentation et que d’un bout à l’autre de l’ouvrage, chaque niveau contient l’autre. C’est ainsi également qu’il est tout aussi pertinent de lire ces essais du premier vers le cinquième - de la recherche vers la clinique - que du cinquième vers le premier - de la clinique vers la recherche. Comme si, aussi, Rossi nous laissait penser que le corps et l’esprit ne font qu’un, ne sont que deux facettes d’une même chose.

Ses recherches démontrent d’abord ce que chacun « sait » intuitivement : chaque individu est une unité. La santé du corps et de l’esprit sont intimement liés. De même toute souffrance physique a une traduction mentale et toute souffrance psychique présente une dimension corporelle. Au-delà de ce niveau d’observation quotidienne pour qui veut adopter ce regard, Rossi va beaucoup plus loin. Il démontre l’influence permanente de la pensée sur le corps, sur la matière, par l’intermédiaire de l’expression génique et l’activation de la plasticité cérébrale. La synaptogénèse et la neurogénèse sont inhibées ou stimulées selon les influences néfastes ou bénéfiques que reçoit l’individu. Le stress intense, la frayeur, la tristesse vont ainsi modifier – de manière durable- le fonctionnement corporel. Elles peuvent ainsi induire, au-delà de la survenue de ces influences, des pathologies chroniques. Et, nous montre Rossi, la nouveauté, l’enrichissement du milieu et l’exercice vont mettre en route des processus corporels durables allant vers une guérison, elle aussi durable. Et ce même par une thérapie brève !

Si la démonstration théorique est brillante et solide, la démonstration clinique est –pour utiliser un de ses termes- « numineuse ». Tous ceux qui ont participé à un atelier avec Rossi qui l’ont vu pratiquer l’hypnose, comprennent cette expression. Si, d’une certaine manière, il utilise des techniques que chacun connaît : focalisation de l’attention, dissociation, orientation vers le problème, vers ses dimensions mentales, émotionnelles, corporelles, il va dans ce domaine aussi beaucoup plus loin. Il amène le patient à une extrême attention du plus petit mouvement corporel, amplifié dans les mains, puis l’accompagne encore plus loin, encore plus loin, jusqu’à ce que… des mouvements plus amples apparaissent, des changements corporels très différents d’un sujet à l’autre, traduisant l’activation génique et la mise en route du processus dynamique de guérison. Les éléments hypnotiques de base donnent l’illusion de la facilité et de la simplicité. En fait, Rossi impulse une impressionnante énergie bienveillante dans le soin, énergie qui encourage, protège, motive le patient pour qu’il ose aller au delà de ses limitations habituelles. Et pour faire émerger quelque chose de nouveau, d’imprévisible dans sa nature mais allant vers l’objectif personnel du patient, quelque chose que celui ci s’approprie pendant et après la séance. In vivo, nous voyons aussi se réactiver les rythmes internes du patient, sa chronobiologie personnelle lorsque le thérapeute intègre les données chronobiologiques décrites par Rossi.

Cette focalisation extrême nous fait penser à l’action du laser, lumière dense et organisée, focalisée. Nous rappelle aussi ce que dit Ilya Prigogine, prix Nobel de Chimie à propos des systèmes dynamiques complexes, les systèmes vivants. Dans certaines circonstances, loin de leur point d’équilibre, vont apparaître par l’intermédiaire d’une « phase chaotique », des « structures dissipatives », une nouvelle organisation stable du système. Ce que nous appellerions un changement ou dans un cadre thérapeutique, un processus de guérison.

Le travail de Rossi va dans le même sens d’unifier le corps et l’esprit que celui d’autres chercheurs. Certains s’appuient sur l’hypnose comme le Dr Pierre Rainville au Québec ou le professeur en anesthésie Marie-Elisabeth Faymonville en Belgique. Mais d’autres sont issus du monde « corporel » comme le Dr Antonio Damasio, neurologue. Comme si, aujourd’hui, chacun cherchait à montrer, à sa manière, que l’intérêt de cette vision dissociée du corps et de l’esprit touche à sa fin. Que les ressources utiles pour le soin sont tout autant dans le corps que dans l’esprit, dans le monde intérieur que dans le monde extérieur.

Si ces recherches, en particulier celles d’Ernest Rossi sont une étape essentielle et décisive vers un changement fondamental, vers un nouveau paradigme du vivant, deux domaines radicalement différents permettront peut être, un jour de les prolonger. L’un est aujourd’hui purement théorique, l’autre émane de la clinique.

D’une part, ce débat fondamental des relations réciproques du corps et de l’esprit pourrait, un jour, prendre une autre direction avec la théorie quantique. Cette théorie mathématique et physique montre qu’au niveau atomique la matière peut se transformer en onde et vice-versa selon la présence ou non d’un système d’observation. Mais, aujourd’hui, rien ne vient étayer cette théorie au niveau macroscopique, au niveau du fonctionnement interne du sujet.

Par ailleurs, les recherches fondamentales et les systèmes de mesure examinent le sujet isolé, que Watzlawick appelle une monade, et ne disposent pas encore de méthode pour évaluer l’influence réciproque du patient et du thérapeute, cette dyade fondamentale . Que se passe-t’il dans le monde du thérapeute – ou de l’observateur – pendant son interaction avec le sujet ? Peut-il être considéré comme neutre, contrairement à la vision constructiviste qui démontre que l’observateur fait partie de la situation observée ? Si Rossi démontre l’intérêt de l’enrichissement de l’environnement, il ne dispose pas de travaux intégrant les apports et les influences familiales qui pourtant vont favoriser ou freiner la guérison. Mais pourra t’on un jour mesurer les changements génomiques du thérapeute ou de l’entourage du patient?

Quoi qu’il en soit, merci à Ernest Lawrence Rossi de nous guider sur cette voie délicate et de nous rappeler à chaque instant que nous sommes vivants, que nos patients sont vivants et que la pratique de l’hypnose thérapeutique agit directement sur nos processus les plus intimes, sur notre expression génique et sur notre plasticité organique.

Dr Claude Virot, psychiatre
Président de la Confédération Francophone d’Hypnose et de Thérapie Brève
Président de l’Institut Milton H Erickson de Rennes Bretagne
Directeur d’Emergences, Institut de Recherche et de Formation à la Communication Thérapeutique

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